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Revue – ” Les quinquas à la caisse?


Jeudi 3 octobre 2002

Editorial “Les quinquas à la caisse? Oui, mais pas comme ça!”

La solidarité entre les générations est un des acquis majeurs de la loi actuelle sur l’assurance maladie. Se souvient-on des drames vécus jadis quand les caisses éjectaient les vieux ou les assommaient avec des primes énormes? S’il y a une raison, malgré ses défauts, de défendre l’assurance maladie obligatoire, c’est bien cette solidarité intergénérationnelle. Jeunes ou vieux, tout le monde a droit à des soins de qualité, au même prix.


Faut-il dès lors s’alarmer du projet des assureurs de créer une cotisation supplémentaire à charge des plus de 50 ans pour financer les coûts de la santé des grands malades âgés?

A priori non, car, reconnaissons-le, la solidarité fonctionne à l’heure actuelle à sens unique. Les jeunes dont les revenus sont en général moins élevés que ceux de leurs aînés se saignent aux quatre veines pour payer leurs cotisations. En outre, la solidarité à l’égard des aînés se fait essentiellement sur le dos des cotisants à revenu modeste et moyen qui voient leurs primes chaque année grimper sans espoir apparemment de sortir du cercle vicieux. Il n’y a pas non plus de solidarité entre les cantons, et pas davantage entre les caisses. Demander donc aux quinquagénaires un surcroît d’effort répond à une logique sociale et économique. Le projet ne viole pas outre mesure le principe cardinal ancré dans la LAMal.

Cependant, la proposition de santésuisse a un grave défaut. Il ne déroge pas à la règle de la prime uniforme par cotisant, sans distinction de revenu. Une fois de plus, le sacrifice consenti par les assurés plus modestes sera proportionnellement bien plus élevé que celui d’un cotisant aisé.

On regrettera que santésuisse ne profite pas de l’occasion pour proposer un financement des coûts de la santé des grands vieillards par les budgets publics et non plus par les cotisations. Ce serait pourtant un bon moyen de réduire la charge des assurés et d’injecter une dose de vraie solidarité dans le système, dans la mesure où, partout en Suisse, le fisc taxe davantage les riches que les pauvres.

Ce ne serait que justice, car les cantons seront déchargés, dès le 1er janvier prochain, du financement des soins dans les EMS, au détriment de l’assurance maladie, qui calcule déjà des charges supplémentaires de 10%. En outre, ils n’ont cessé de se désengager du financement de la santé en n’adaptant pas leurs budgets hospitaliers au même rythme que les coûts de la santé.

Santésuisse ne se fait pas d’illusions. Son projet n’est évidemment pas la panacée et a peu de chance de voir le jour à brève échéance. Les assureurs, qui sont régulièrement mis au pilori pour leur gestion des milliards de l’assurance maladie, avancent néanmoins une idée qui a le mérite d’être relativement aisée à mettre en oeuvre et d’ouvrir un débat nécessaire, au risque de rallumer les tensions entre les générations. Une manière aussi, à l’avant-veille de l’annonce des hausses de cotisations pour 2003, de détourner l’attention et de rappeler au Parlement ses responsabilités dans l’organisation du système de santé suisse. Car enfin, savoir s’il convient ou non de faire payer davantage les quinquagénaires est un choix bien secondaire par rapport aux décisions cruciales qui tardent à être prises pour tenter de juguler l’augmentation incessante des coûts de la santé.