Revue – Service du médecin condamné

Jeudi 17 ocotbre 2002
Gustavo Kuhn
La réorganisation a déjà commencé. Pendant la maladie du responsable.
Le service du médecin cantonal (SMC) va disparaître. Telle est la décision qui sera prochainement annoncée par le Département de l’action sociale et de la santé (DASS). A terme, les différentes unités qui composent ce service vont dépendre directement de la Direction générale de la santé (DGS), dont relève déjà le SMC. «Une réorganisation de la DGS était nécessaire, justifie Jean Simos directeur adjoint. En réalité, nous procédons à un décloisonnement du service. Les unités resteront et ceux qui en ont la charge également. Ils pourront être plus efficaces car cette restructuration nous permettra de clarifier leurs missions.»
Reste que cette réforme tombe à un moment très particulier. Car le principal intéressé, le médecin cantonal, est aux abonnés absents. «Personne n’occupe ce poste depuis près de huit mois», témoigne Pierre Froidevaux, responsable de la cellule médicale d’intervention, chargé de collaborer avec le DASS en cas de catastrophe. En effet, le titulaire du poste, le Dr Blaise Martin, est officiellement en congé maladie depuis février dernier. «Son dos est bloqué», explique-t-on à la DGS, avec un certain embarras.
Réorganisation en cours
Malgré cette absence prolongée, le DASS n’a pas jugé nécessaire de le remplacer. «Les tâches du Dr Martin ont été respectées», assure Pierre-Antoine Gobet, un des proches collaborateurs de Pierre-François Unger, le chef du département. «Annie Mino, la directrice générale de la santé et les adjoints du Dr Martin l’ont suppléé. C’est pour cette raison que nous n’avons pas couvert l’intérim. Par ailleurs, la réorganisation du service est en cours», poursuit Pierre-Antoine Gobet. Ce dernier explique également qu’étant donné que Berne exige des cantons qu’ils aient un médecin cantonal, c’est Annie Mino qui devrait en porter le titre jusqu’à la fin de la réorganisation au moins. «Bien que la fonction soit vidée de sa substance», admet-il.
Directeur adjoint de la Direction générale de la santé (DGS), Jean Simos ajoute que «si Blaise Martin revenait de son congé maladie», il ne serait plus qu’un membre comme un autre du staff de la DGS. De là à parler de
disgrâce, il n’y a qu’un pas, que certains observateurs franchissent allégrement. D’autres évoquent le mot mobbing. La réorganisation du service ne serait en fait, qu’un prétexte pour se débarrasser de l’actuel médecin cantonal qui ne donnait pas satisfaction. Pour l’instant Blaise Martin se refuse à tout commentaire. «Je me dois de respecter le secret de fonction.»
Par ailleurs, l’absence pendant huit mois d’un référent médical de l’Etat ne semble pas avoir eu
aussi peu de conséquence que l’affirme le DASS. «Il est nécessaire d’établir une nouvelle doctrine sanitaire dans le cadre du plan catastrophe (plan ISIS). Seulement, ce rôle incombe au médecin cantonal», explique Pierre Froidevaux. Jean Simos réaffirme pour sa part qu’il n’y a aucun problème et que cette nouvelle doctrine sera bientôt acceptée par le Conseil d’Etat. Mais le chef de la cellule médicale d’intervention n’est pas le seul à regretter l’absence d’un véritable référent médical durant ces derniers mois.
En effet, une des fonctions du médecin cantonal est d’intégrer le Poste de commandement opérationnel qui est le sommet hiérarchique du plan ISIS. Or, lors de l’exercice d’accident aérien réalisé à l’Aéroport international de Genève (AIG) au début du mois, la mise en place des secours médicaux a justement été le point le plus critiqué par Luc Amiguet, chef de la sécurité de l’AIG (nos éditions du 5.10.2002).
Ce dernier, juge, lui aussi, nécessaire l’implantation d’une nouvelle doctrine sanitaire pour le plan ISIS. Et à l’instar du fondateur de SOS médecin, il reconnaît que l’absence «d’un chef» au Service du médecin cantonal a passablement ralenti son élaboration. Même opinion chez le capitaine des Service d’incendie et de secours, Raymond Wicky: «Dans le travail quotidien, son absence n’affecte en rien l’efficacité des secours. Mais pour la structure liée aux catastrophes, il faut un médecin qui chapeaute cela. Il faut un patron.» Marc Zuffa, le véritable chef du plan ISIS, n’est pas aussi catégorique mais relève tout de même que «son absence ne facilite pas les choses.» Seul Marc Niquille, chef de la brigade sanitaire cantonale, estime que le manque de titulaire au service du médecin cantonal ne fait aucune différence: «Annie Mino prend tout en charge.»
Responsable de l’application des lois sanitaires
La fonction de médecin cantonal est imposée par une loi fédérale. Mais chaque canton est libre d’organiser ses différentes tâches de la manière qu’il le souhaite. Quelles sont-elles à Genève jusqu’à la disparition du service? Le SMC est responsable de l’application des lois sanitaires qui impliquent l’autorité de l’Etat sur les professionnels de la santé qui ont une relation thérapeutique avec des patients (autorisation et surveillance). Ainsi que celles qui affectent le droit des patients. Ses principales activités sont:
– La médecine de catastrophe et l’aide sanitaire d’urgence. Il est l’autorité qui organise les opérations sanitaires lors des catastrophes. C’est également un des acteurs principaux dans l’élaboration de la doctrine sanitaire pour ce genre d’opérations. Il surveille aussi le transport sanitaire urgent et la centrale d’appel 144
– L’application de la loi fédérale sur les maladies transmissibles. Le SMC est responsable de la lutte contre ce type de maladies. Mais surtout, il constitue l’autorité compétente pour décréter toutes les mesures qui lui paraissent nécessaires en cas d’épidémie.
– La surveillance médicale des établissements médicaux et médico-sociaux.
– La surveillance de toutes les problématiques liées aux toxicodépendances. Le traitement pharmacologique des dépendances notamment.
– L’octroi des droits de pratiques des professionnels de la santé et des autorisations d’exploitation.
– L’octroi de l’avis de conformité lors d’une interruption volontaire de grossesse.
G.K.

