Regroupement des greffes: c’est un choix politique

Sophie Davaris
A Genève, l’hépatologie se félicite, la cardiologie accuse le coup.
Dès octobre, les transplantations hépatiques seront regroupées à Genève et les greffes de coeur se feront à Lausanne. Si la nouvelle, annoncée ce week-end, est accueillie de manière plutôt positive à Genève, elle suscite aussi quelques interrogations. Réactions.
“Cette décision est politique, explique Pierre-François Unger, conseiller d’Etat responsable de la santé. Si l’on souhaite maintenir un niveau d’excellence, il faut accepter de ne plus pouvoir tout faire au même endroit. La médecine se spécialise et se perfectionne. Financièrement, et en termes de compétences, le regroupement s’impose. Mais, souligne le magistrat, ce type de décision ne concerne que la médecine de pointe. Il n’est pas question de fusionner les soins de proximité.”
Selon Bernard Gruson, directeur général des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), “si Vaud et Genève n’avaient rien décidé, la Confédération aurait imposé son propre choix car les regroupements sont à l’ordre du jour”. Cette restructuration n’entraînera “aucun bouleversement à l’interne”, promet Pierre-François Unger. Les ressources seront réaffectées, de la chirurgie cardiaque vers la chirurgie hépatique.
Dans les services concernés, les réactions diffèrent. Pour le professeur Antoine Hadengue, responsable de la division de gastroentérologie et d’hépatologie, la nouvelle, “très positive et enthousiasmante” vient couronner les “très fortes compétences” genevoises en matière de transplantation hépatique. Pour l’exemple, il évoque le programme de donneurs vivants, une première suisse développée à Genève, qui consiste à prélever une partie de foie sur un sujet sain pour le donner à un receveur en attente de transplantation. Aujourd’hui, l’équipe genevoise accueille des patients de Bâle, du Tessin, du Valais… et bientôt du canton de Vaud.
Compensation pour la chirurgie cardiaque
De son côté, le responsable du service de chirurgie cardio-vasculaire, le Dr Afkendyios Kalengos dit “accepter une décision politique” mais regrette “avoir été mis devant le fait accompli”, fin novembre. En “contrepartie”, il demande que son service puisse centraliser la chirurgie cardiaque pédiatrique et la chirurgie des valves cardiaques dans la région. Une demande appuyée par son patron, le professeur Philippe Morel. “La décision de regrouper les transplantations est logique et courageuse, explique-t-il. Elle n’est pas du tout un désaveu pour la transplantation cardiaque genevoise. Mais elle représente indéniablement une perte. J’ai confiance en notre direction pour qu’elle soutienne l’équipe du Dr Kalengos.”
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Pour le bien des patients?
“Cette décision nous réjouit énormément”, déclare Babette Hunenberger, déléguée de l’Organisation suisse des patients pour la Suisse romande. Le regroupement des centres de soins aigus est logique, surtout pour deux hôpitaux aussi proches. Cela va dans le sens d’une meilleure qualité des soins. L’accumulation d’expériences ne peut qu’améliorer les compétences. Le patient subira peut-être une baisse de confort. Mais entre qualité et confort, il faut choisir.”
Un avis que ne partage pas le DrAfkendyios Kalengos, chef du service de chirurgie cardio-vasculaire aux HUG. “Je doute que huit cas supplémentaires par an aient une influence sur l’expertise de nos collègues vaudois. Par ailleurs, l’application de cette décision sera délicate. Certains patients arrivent à l’hôpital, en urgence, à la suite d’une défaillance cardiaque. Ils bénéficient d’une assistance ventriculaire circulatoire dans l’attente d’une éventuelle transplantation. Le transport à Lausanne de ces personnes qui représentent la moitié des greffés posera des problèmes.” Bernard Gruson, directeur général des HUG, assure que les urgences seront toujours traitées à Genève. “En moyenne, assure-t-il, une urgence de transplantation survient seulement une fois tous les deux-trois ans.”
S.D

