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Revue – Médecin primé pour ses recherches sur les battements


Catherine Focas

Grâce à ses travaux sur l’arythmie, Marco Bettoni reçoit aujourd’hui le prix Pfizer.

Pourquoi notre coeur bat-il parfois trop vite et de manière désordonnée? Un médecin genevois recevra, aujourd’hui à Zurich, un prix prestigieux en matière de recherche fondamentale et clinique – le prix Pfizer 2003 – pour avoir mené des travaux sur le sujet. Marco Bettoni, 37 ans, futur marié et bientôt papa, ne pensait pas que l’enquête menée par lui-même et par son collègue Marc Zimmermann connaîtrait un tel succès: «Nous sommes une toute petite équipe.


Cette recherche nous l’avons faite à deux durant une année. Les résultats nous ont paru vraiment intéressants, c’est pourquoi nous avons envoyé un article à Circulation, la revue de cardiologie la plus connue mondialement, où nos travaux ont été examinés par des experts et notre article a finalement été publié!»
Les deux spécialistes genevois ont travaillé sur un type d’arythmie cardiaque dénommée «fibrillation auriculaire». Elle touche 22% des hommes et 14% des femmes. Elle survient chez des patients souffrant de troubles cardio-vasculaires, mais également chez des personnes bien portantes. Le coeur se met tout à coup à battre de manière rapide et complètement désordonnée. L’épisode peut durer de quelques minutes à plusieurs heures. «Les patients qui vivent un tel épisode pour la première fois ont très peur et s’adressent aux Urgences. Ceux qui connaissent le phénomène vont chez leur médecin, qui leur injecte le médicament approprié.»

«Arythmie du fêtard»
Chez ceux qui n’ont pas de problèmes cardio-vasculaires, l’arythmie peut survenir lors d’un stress trop important (familial ou professionnel), d’une activité physique extrême, disproportionnée par rapport au rythme quotidien, d’une grosse fièvre ou encore de ce qu’on appelle «holiday heart syndrome», traduit par «arythmie du fêtard». «On trouve ce phénomène chez les personnes qui consomment beaucoup d’alcool en fin de semaine, ou encore à l’occasion d’un enterrement de vie de garçon», précise Marco Bettoni.

Le cardiologue a un cabinet privé et collabore également avec l’Hôpital de la Tour. Avec son collègue, ils ont travaillé sur 77 patients qui présentaient un ou des épisodes de ce type d’une durée supérieure à 30 minutes. Ils ont enregistré et analysé les battements du coeur de ces personnes durant 24 h: «Nous avons voulu savoir ce qui se passait juste avant un épisode de fibrillation auriculaire.» Marco Bettoni explique que le rythme des battements cardiaques est lié à notre système nerveux autonome (le système qui régit dans notre corps tout ce qui est automatique) Ce système comprend deux entités, le système nerveux sympathique, qui stimule l’activité, et le système nerveux parasympathique qui, au contraire, la ralentit comme dans le sommeil ou la digestion.

Moteur instable
Les deux cardiologues ont remarqué que le coeur de leurs 77 patients battait normalement durant l’heure qui précède un épisode d’arythmie. On constatait une activité du système nerveux autonome sympathique. Brusquement, cinq minutes avant la fibrillation, survenait une inversion, le système parasympathique (ralentisseur) prenait le pas sur le système sympathique. Comme une voiture qui serait lancée à une vive allure et qu’on freinerait brusquement, ce qui rendrait le moteur instable. «De la même manière, ce passage abrupt d’un système autonome à un autre rend le muscle cardiaque instable et provoque la fibrillation», explique Marco Bettoni.

Cette constatation est importante, souligne le médecin, car actuellement tous les traitements agissent sur le coeur lui-même et pas sur le système autonome: «Nos travaux peuvent amener de nouveaux horizons thérapeutiques en agissant sur certains facteurs déclenchants davantage que sur le muscle cardiaque lui-même.»