Près de 700 praticiens demandent à exercer la médecine alter

18 février 2003
Anne-Muriel Brouet
La direction de la Santé n’arrive pas à suivre. Les demande d’inscripition s’accumulent.
La médecine alternative est en pleine explosion. A côté des 1500 membres de l’Association des médecins du canton de Genève (AMG) qui exercent dans le privé, entre 500 et 700 praticiens en tout genre se réclament de la médecine complémentaire. De leur côté, les caisses maladie sont formelles: les demandes de remboursement pour les médecines alternatives grimpent et la liste des thérapeutes s’allonge. Enfin, diverses statistiques montrent qu’environ 50% des Genevois ont, un jour ou l’autre, consulté un praticien de médecine parallèle.
Face à cette tendance, décelable depuis une dizaine d’années déjà, ni l’Etat ni les thérapeutes concernés n’ont encore réussi à mettre de l’ordre. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé. En mai 2001, les députés genevois acceptaient une loi visant à faire le ménage dans les médecines alternatives. Celle-ci oblige notamment tous les praticiens de médecines non conventionnelles à s’inscrire dans les registres du médecin cantonal. Elle spécifie aussi que ces pratiques ne sont admises que si elles sont sans danger pour l’intégrité physique et psychique des patients.
Maigre bilan
Aujourd’hui le bilan de cette loi est maigre: d’abord il n’y a plus de médecin cantonal à Genève. Les services qu’il dirigeait
dépendant maintenant directement de la Direction générale de la santé (CGS) qui… a d’autres chats à fouetter. «Nous avons eu tellement de soucis que nous n’avons pour ainsi dire pas commencé», déplore la directrice de la CGS, Annie Mino. La CGS a reçu quelque 700 dossiers de demande d’inscription qui, jusqu’à présent, s’empilent. «C’est le prochain grand chapitre», promet Annie Mino.
Toutefois, le problème va bien au-delà de l’inscription pure et simple. D’abord «comment contrôler que tous se sont inscrits?», s’interroge Annie Mino. En effet, l’inscription se fait sur une base volontaire et l’Etat n’a pas les moyens (humains et financiers) d’aller faire la tournée des allées d’immeuble pour vérifier qui fait quoi.
De plus, l’inscription à la CGS ne correspond absolument pas à l’octroi d’un droit de pratique. En d’autres termes, elle ne garantira pas qu’un praticien est bon et qu’il exerce une méthode efficace. En effet, les députés n’ont pas voulu ouvrir la boîte de Pandore en élaborant des classifications entre les différentes méthodes et leurs écoles respectives. Ils en étaient du reste tout à fait incapables. La seule justification de cette loi est finalement liée au risque de dérives sectaires: «C’est pour que les gens puissent au moins être identifiés», résume Annie Mino. Si sectes il y a dans la médecine alternative, elles ont encore de beaux jours devant elles.
Du côté des thérapeutes en médecine complémentaire, la pilule reste difficile à avaler. «Nous sommes recensés mais le mandat du législateur ne nous offre pas le moindre soupçon de reconnais
sance. C’est une sorte de registre des prostituées», déplore Jean Vittori, président de l’ARNTS (Académie romande de naturopathie et de techniques de santé), l’interface politique des praticiens de médecines parallèles.
En quête de reconnaissance
Conscients de leurs diversités, des thérapeutes ont fondé, en 1964, l’Association des praticiens en thérapeutiques naturelles (APTN), sorte de registre professionnel de l’ARNTS. Cependant, à Genève, seuls 130 praticiens bénéficient de cette sorte de label de
qualité. Et pour obtenir une reconnaissance au niveau cantonal, la bataille est rude: «Nous nous proposons de collaborer pour trouver des réglementations, mais nous sommes ligotés par cette loi», explique le naturopathe genevois. «Nous sommes victimes d’un cliché vieillot et suranné au sein du monde politique.»
C’est donc au niveau fédéral que l’ARNTS garde espoir. En discussion avec les autres associations professionnelles du pays, l’ARNTS cherche pour l’heure à obtenir la reconnaissance d’une formation auprès de l’Office fédéral de la formation professionnelle et de la technologie (OFFT). «La porte est pour l’instant et nous devons proposer un projet commun le plus rapidement possible», souligne Jean Vittori.
Gym du cerveau ou massage du côlon?
ANNE-MURIEL BROUET
Avant de se lancer dans une thérapie par la peinture ou des séances d’hydrothérapie, mieux vaut savoir combien cela coûte. En effet, l’essentiel des thérapies complémentaires n’est pris en charge que par les assurances privées. Et encore, comme chacune a défini ses critères et ses prestations, mieux vaut se renseigner d’abord. Petit aperçu, non exhaustif, des méthodes, basé sur les 221 recensées par le Registre de médecine empirique, qui constitue une base de remboursement des prestations en médecine complémentaire.
Les méthodes remboursées par la LAMal: celle-ci rembourse les thérapies complémentaires pour autant qu’elles soient exercées par un médecin FMH.
Quand ils versent dans la médecine douce, le plus souvent ceux-ci exercent l’acupuncture et l’homéopathie.
Les méthodes remboursées, sous conditions, par les complémentaires des grandes caisses maladie: fleurs de Bach (élixirs floraux), acupressure (doigts), auriculothérapie (acu
puncture des oreilles), kinésiologie (tests musculaires), réflexologie (points réflexe), chromopuncture (piqûres de colorants), drainage lymphatique (massages), sangsues, ostéopathie (manipulations).
Les méthodes remboursées par peu de caisses: aromathérapie (essences de plantes), aura soma thérapie (baguettes de cristaux), massage du côlon, gym du cerveau, fango (boue), fasciathérapie (manipulations), sels de Schüssler (minéraux), hippothérapie (cheval), thérapie avec les marionnettes, rebirth (technique respiratoire), reiki (énergies par le massage), sympaticothérapie (stimulation des points réflexes situés sous la muqueuse des fosses nasales), musicothérapie, iridologie (iris de l’oeil).
Les méthodes «hors liste»: analyse des minéraux des cheveux, oxygénothérapie et autres mystérieuses partiques telles que les massages segmentaires, vedalogie, vitalpratique, tantra, énnéagramme… et tous les charlatans.
Prochain article: Pourquoi les médecines douces sont-elles à la mode?

