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« Une telle mesure va à l’encontre de notre culture »


Samedi 19 juillet 2003
C.V.

Un tel système serait-il applicable dans notre pays ? La réponse avec plusieurs professionnels de la branche.

Pourrait-on envisager un site en Suisse répertoriant ce genre de données sur les pharmas ou sur les médecins ? « Théoriquement oui, répond Andreas Balsiger, chef du service juridique à Swissmedic, l’organe fédéral chargé de contrôler l’application de la loi sur les médicaments. Mais une telle mesure, qui touche à la sphère privée, va à l’encontre de notre culture. »

Jean-Marc Guinchard, secrétaire général de l’Association des médecins genevois (AMG) renchérit: « L’expérience a été faite dans quelques Etats des Etats-Unis, avec des sites où les médecins doivent faire figurer leurs formations supérieures, ainsi que les congrès et les colloques auxquels ils participent. Cette manière de faire typiquement américaine ne serait pas acceptée dans la culture européenne. »

En Suisse, chaque médecin est tenu à environ cinquante heures par année de formation continue. « S’il peut aller à un séminaire de qualité gratuit, ça l’arrange évidemment bien, explique Jacques Blondel, spécialiste en médecine interne à Lausanne. Et si, en plus, il peut allier l’utile à l’agréable … » C’est là-dessus que jouent les compagnies pharmaceutiques. Signe que les abus existent, l’article 33 de la loi sur les produits thérapeutiques, entré en vigueur en 2002, interdit aux prescripteurs de médicaments d’accepter les avantages matériels.

« Les séminaires prétextes de luxe se sont beaucoup raréfiés depuis quelques années, on est moins sollicités, constate le docteur Blondel. En plus, l’état d’esprit chez les médecins a changé. » Pour Jean-Marc Guinchard, les praticiens sont devenus plus conscients de la pression à laquelle ils peuvent être exposés: « Tout le débat sur les génériques nous impose une remise en question en profondeur et nous amène à réfléchir sur les risques du sponsoring. »

Pour Pierre Gachoud, généraliste à Marly, dans le canton de Fribourg, le sujet reste tabou en Suisse. « Si l’on veut savoir quelles relations les médecins ont avec les pharmas, on se heurte à une fin de non-recevoir, affirme-t-il. Il n’y a pas de volonté politique pour plus de transparence. » Il salue l’initiative australienne qui contribue à « freiner les magouilles. Il faut que le changement commence quelque part, cela va forcément bouger peu à peu dans les autres pays. »