Une seule Faculté de médecine pour Lausanne et Genève?

Mercredi 30 juillet 2003
Francine Brunschwig
PROJET C’est l’une des pistes de réflexion explosives d’un rapport interne élaboré par un groupe de travail mandaté par le secrétaire d’Etat à la recherche, Charles Kleiber. Scepticisme.
Une seule Faculté de médecine entre Lausanne et Genève, avec un seul doyen? «En Suisse, les politiciens aiment bien faire exploser une petite bombe pour que les gens se mettent sérieusement à discuter.» C’est ainsi que le professeur néerlandais Fredrik Teodoor Bosman, vice-doyen de la Faculté de médecine de l’Université de Lausanne, et président de la commission de l’enseignement, commente le rapport du secrétaire d’Etat à la science et à la recherche Charles Kleiber, dont Le Temps a publié hier les grandes lignes.
Fruit d’un groupe de travail comprenant notamment des conseillers d’Etat et des représentants des milieux médicaux (le doyen de la Faculté de médecine de Lausanne Michel Glauser, en vacances actuellement, en a fait partie), il préconise une réduction drastique des Facultés de médecine en Suisse. Leur nombre passerait de cinq actuellement (Zurich, Bâle, Berne, Lausanne et Genève) à trois pôles nationaux qui seraient Zurich, Bâle/Berne et Genève/Lausanne. Sur une base volontaire d’ici à 2005, les rapprochements se feraient sur une base légale contraignante dès 2008. Si les pistes de réflexion du groupe de travail (des pistes connues et attendues dans les milieux concernés) suscitent une levée de boucliers du côté de Bâle, elles ne soulèvent pour l’instant pas de véritable tollé dans le canton de Vaud.Ce qui prévaut, c’est une bonne dose de scepticisme, notamment quant au volet du rapport qui évoque une participation financière plus marquée de la Confédération au coût de la formation médicale. Celle-ci pourrait atteindre la somme de 200 millions de francs supplémentaires par an.
«Je suis surtout sceptique quant à la faisabilité financière du projet», analyse Jean-Marc Rapp. J’ai les plus grands doutes, poursuit le recteur de l’Université de Lausanne, quand je vois la lutte qu’il faut déjà mener aujourd’hui pour convaincre les milieux politiques d’augmenter les crédits pour la formation et la recherche.» Pour le reste, le recteur craint notamment que le projet, qui prévoit la création d’un conseil de la médecine universitaire présidé par un conseiller fédéral ainsi que d’un conseil hospitalo-académique, cache une volonté de détacher les facultés de l’université. «Ce serait une hérésie d’avoir des centres hospitalo-universitaires séparés des universités.»
Pour Patrick Aebischer, président de l’EPFL, les conclusions du rapport «sont dans l’air du temps. Mettre nos forces ensemble, je trouve cela logique. Il y aurait une faculté mais deux campus et surtout plusieurs sites au niveau des hôpitaux. L’une des questions clés touchera à l’autonomie dont disposera le doyen, notamment par rapport aux universités.»
Deux sites maintenus
Ce qui semble clair, c’est que les deux sites seraient maintenus. Et l’enseignement de base prégradué resterait accessible à Lausanne et à Genève. «Le rapport ne prévoit pas de créer un seul site mais d’intensifier la collaboration», indique Martin Fischer. Un peu embarrassé, le chargé d’information du Groupement de la science et de la recherche avoue qu’il n’était pas prévu de publier ce rapport. «Il ne s’agit pas de décisions mais de pistes de réflexions élaborées en collaboration avec les cantons», précise-t-il pour fustiger le titre du Temps qui parle «d’électrochoc fédéral».
Synergies inéluctables
Pour ce qui est de la collaboration, personne ne s’en offusque et chacun rappelle qu’elle existe déjà. «Les Bâlois se mettent sur leurs pattes arrière. Nous, on sait bien que nous devons collaborer», affirme Christian Pilloud, responsable du Service des affaires universitaires au Département vaudois de la formation et de la jeunesse. Les synergies sont considérées comme indispensables, et inéluctables, dans le domaine de la médecine de pointe.
«Ce qui apparaît en filigrane dans ce rapport, c’est d’abord le coût de la médecine de pointe. On ne peut plus se permettre de faire tout partout», note le professeur Bosman, qui estime bonne la décision de concentrer certaines interventions coûteuses sur deux ou trois hôpitaux seulement. Ce qui se fait déjà, grâce notamment à l’Association Vaud Genève, aiguillon de la collaboration hospitalière entre les HUG et le CHUV.
Ainsi, par exemple, les transplantations cardiaques ont été dernièrement concentrées au CHUV à Lausanne tandis que les greffes de foie se font aux HUG à Genève.
Reste que de telles décisions ne sont jamais faciles à prendre et que le «projet Kleiber» fera encore couler beaucoup d’encre. Rappelons simplement l’échec, en 1998, du fameux RHUSO, le réseau hospitalo-universitaire de Suisse orientale rejeté par les électeurs genevois. La mise en réseau, tout le monde est pour, mais quand il s’agit de la concrétiser, c’est toujours une autre paire de manches.

