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12 volontaires reçoivent un vaccin-test contre le sida


Jeudi 31 juillet 2003
Chantal Pellaux / ATS Jérôme Ducret
Le développement d’un traitement préventif contre le VIH entre dans une phase décisive. Une série de tests débute lundi à Lausanne, elle va durer trois à quatre ans.


Une petite injection pour des volontaires, peut-être un grand pas pour le reste du monde. Dès lundi, on teste à Lausanne l’un des premiers vaccins préventifs contre le virus du sida, le VIH, comme l’annonce le Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) dans un communiqué diffusé hier. Votre quotidien avait annoncé le projet il y a quelques mois (24 heures du 19 octobre 2002 et du 1 er juillet 2003), et l’on arrive ces jours à la phase de concrétisation. Les volontaires — des étudiants en médecine et des membres du corps soignant — ont été recrutés par le biais d’affiches posées au CHUV et à l’Université. Ils sont là parce qu’ils veulent participer à un projet qui fasse avancer la lutte contre cette maladie, répandue sur toute la planète.
Douze personnes participent aux premières injections au CHUV. Elles seront suivies par douze autres d’ici une à deux semaines à Londres, au Saint Mary’s Hospital, sous l’égide de l’Imperial College. Les deux essais sont censés se dérouler en parallèle, mais en Angleterre les responsables de l’étude doivent encore décrocher une ultime autorisation du Conseil médical national. Cette première phase de tests permettra d’évaluer la tolérance au vaccin. Elle montrera aussi si le produit induit une réponse immunitaire. L’évaluation s’étendra sur six mois.

Beaucoup de volontaires
«Nous n’avons pas rencontré de problème de recrutement, constate le professeur Giuseppe Pantaleo, chef du Service d’immunologie et d’allergie du CHUV et grand pilote des essais cliniques sur le nouveau vaccin. Nous n’avons retenu que 20 à 30% des personnes qui nous ont contactés». Beaucoup ont renoncé d’elles-mêmes, par manque de motivation ou de disponibilité. Les candidats devaient avoir entre 18 et 55 ans, être en bonne santé, ne présenter aucune allergie aux œufs — le vaccin est produit sur des œufs —, ni maladie du foie, ni problème hématologique. Enfin, ils ne devaient pas faire partie d’un groupe à risques.
S’ils répondaient à ces critères, les volontaires étaient convoqués à un premier entretien où ils recevaient un dossier d’information. «On leur laissait ensuite un temps de réflexion, les invitant à discuter avec leurs proches. Dans un couple, il faut être sûr que les deux membres sont d’accord: si l’un des deux a peur, cela peut créer des problèmes», explique Giuseppe Pantaleo. L’intéressé devait ensuite recontacter l’équipe, puis se soumettre à une visite médicale où il subissait une série
d’analyses pour s’assurer qu’il était en bonne santé.

Quels risques?
«Les risques pour les candidats sont quasiment nuls, assure le Dr Pierre-Alexandre Bart, responsable médical des tests à Lausanne. On parle ici d’éventuels effets indésirables, des allergies ou quelque chose de ce genre. Par contre, la probabilité est nulle que les volontaires contractent le VIH.»

«Je peux assurer que le vaccin est sûr, ajoute Giuseppe Pantaleo. Il faut savoir qu’on n’injecte pas le virus du VIH «vivant», mais des parties du virus, synthétisées en laboratoire. Elles proviennent d’un soustype du VIH que l’on trouve en Asie et en Afrique du Sud. Il n’y a pas de données qui suggèrent qu’il peut y avoir des risques. Trois mille deux cents personnes dans le monde prennent part à des études similaires», affirme Giuseppe Pantaleo. Le transfert des parties de matériel génétique du VIH dans le corps des «cobayes» humains se fait à l’aide d’un vecteur dérivé lui aussi d’un virus, celui de la variole.»

La suite des tests
L’étape suivante sera tout aussi cruciale. Elle nécessitera la participation de 50 volontaires répartis entre Lausanne et Londres. Les chercheurs combineront deux vaccins: le vaccin A de la première étape, et un vaccin B, qui sera pour la première fois injecté chez l’homme. En combinant ces deux produits, les médecins tenteront d’induire une réponse immunitaire la plus large possible, pour ne pas laisser échapper le virus.
En cas de résultats prometteurs, le projet se poursuivra par une étude de phase II (test de la réponse immunitaire à plus large échelle), menée sur quelque 200 personnes. Elle se tiendra probablement à Lausanne, Londres, et dans d’autres villes d’Europe, peutêtre en Hollande ou dans l’un des pays qui participent à Eurovacc — le programme européen de recherche de vaccin contre le sida.

En Chine ou ailleurs
Un consortium d’une centaine de personnes a travaillé pendant plus de quatre années au développement de ce vaccin. Il faudra encore trois ou quatre autres années avant de songer à tester son efficacité clinique à grande échelle (phase III). Ce devait être en Chine, lieu d’origine du sous-type de VIH utilisé pour fabriquer le vaccin. Ce sera peutêtre ailleurs à cause des problèmes soulevés par le SRAS.