Pierre-François Unger lance son dossier médical unique

Jeudi 31 juillet 2003
Eric Budry
Un réseau informatique permettrait de rassembler virtuellement les pièces du puzzle.
L’idée est simple et ancienne, mais sa réalisation infiniment complexe: rassembler en un dossier unique les différents épisodes médicaux des patients et les informations qui leur sont liées; puis rendre ce dossier accessible aux prestataires de soins qui en ont besoin de même qu’aux patients eux-mêmes. Grâce au travail mené par la Fondation Iris, Pierre-François Unger est aujourd’hui convaincu d’avoir trouvé la solution. Elle s’appelle “e-toile”, un réseau communautaire d’informatique médicale dans lequel le patient et ceux qui le soignent iraient chercher les informations médicales éparpillées le concernant.
“Je considère que ce projet entraînera une évolution très importante pour les milieux de la santé, explique le responsable du Département de l’action sociale et de la santé (DASS). Avec “e-toile”, la médecine fait son entrée dans le XXIe siècle. C’est pourquoi une procédure de consultation sera ouverte au milieu du mois prochain afin de connaître l’avis des milieux intéressés (médecins, pharmaciens, association de patients).” Si cette étape est franchie sans trop de dégâts, le Grand Conseil sera saisi cet automne d’une demande de crédit d’investissement et d’un projet de loi fixant le cadre juridique. Selon le planning, le système sera opérationnel dès 2005 et tournera à plein régime dès 2007.
Pas de Big Brother
Contrairement à un premier projet présenté en janvier 2002, le concept développé aujourd’hui est totalement décentralisé (les informations ne sont pas rassemblées dans une banque de données) et l’adhésion au système sera facultative. Ce qui devrait satisfaire sur ces deux points au moins l’Association des médecins de Genève (AMG) qui avait fortement critiqué la première mouture. Cette décentralisation est un premier gage de sécurité pour la protection des données et la préservation du secret médical. Virtuel, le dossier complet n’est constitué que le temps nécessaire à sa consultation. Ensuite, il disparaît. Mais d’autres mesures ont été prises. Ainsi, les données sont cryptées de manière très sophistiquée lors de leur transmission et les accès traçables. De même, un médecin n’aura pas accès au même type d’information qu’un physiothérapeute.
Le patient a la maîtrise
“Le patient est au centre de la démarche”, précise Pierre-François Unger en rappelant que c’est chez lui presque une obsession. Il l’est, car il maîtrise l’accès aux données qui le concernent et définit qui peut les consulter. Lui-même peut le faire en tout temps, en s’appuyant sur les explications d’un médecin de confiance qu’il aura choisi. Techniquement, l’accès se fera au moyen d’une carte à puce individuelle (qui ne contiendra pas de données médicales) que chaque patient et prestataire de soins possédera.
Si le simple pékin y gagnera en maîtrise de son parcours médical, les médecins devraient y trouver leur compte en améliorant la qualité de leurs diagnostics et en limitant les risques d’erreurs en obtenant toutes les informations dont ils ont besoin. Des services à valeur ajoutée ont également été inclus au système pour tenter de séduire les praticiens, notamment l’aide à la prescription médicamenteuse ou l’aide à la facturation (Tarmed). Enfin, et même si le magistrat refuse d’en faire un objectif principal, la suppression des prestations redondantes et des pratiques erronées permettrait théoriquement une économie de 1 à 2% des coûts de la santé (près de 60 millions par an à Genève).
Encore des obstacles
En dépit des multiples avantages d’”e-toile”, la mise en place du projet ne sera pas forcément aisée, et Pierre-François Unger devra faire usage de sa force de persuasion pour convaincre les réticents que le jeu en vaut la chandelle. Des réticents qu’on pourrait trouver notamment au Grand Conseil en raison du coût: 33,8 millions de francs d’investissement et un budget annuel de fonctionnement de 8 à 15 millions.
Mais la mère de toutes les batailles aura lieu avant tout avec les médecins privés, qui ne voient pas l’arrivée d’une nouvelle charge de travail administratif d’un très bon œil. Jean-Marc Guinchard, secrétaire général de l’AMG, reste dubitatif, même s’il attend de connaître les détails du projet pour se prononcer. “Il faudra vraiment que les mesures incitatives de s’associer au réseau soient très convaincantes pour que cela marche”, prévient-il.

