Centerpulse, spécialiste suisse des prothèses médicales, dev

Jeudi 7 août 2003
Jean-Claude Péclet
OPA. L’entreprise Zimmer, basée dans l’Indiana, a fait l’offre la plus élevée, tandis que l’autre candidat – britannique – au rachat refuse de surenchérir. Si la situation n’évolue plus jusqu’au 27 août, date butoir pour les offres, la décision finale se portera sur la proposition la plus élevée, soit 4,1 milliards de francs.
Sauf coup de théâtre de dernière minute, l’entreprise américaine Zimmer, No 3 mondiale des prothèses médicales, rachètera la suisse Centerpulse (No 5) et se propulsera à la première place de ce marché estimé à quelque 20 milliards de francs. Mercredi en effet, le patron de Smith & Nephew (S & N), Christopher O’Donnell, l’autre candidat au rachat, a déclaré «qu’il n’était pas dans l’intérêt de ses actionnaires d’augmenter son offre pour Centerpulse».
Comme S & N a plafonné son prix à 3,3 milliards de francs, tandis que Zimmer propose 4,1 milliards de francs, les jeux paraissent faits. D’autant plus que la porte-parole de Centerpulse, Beatrice Tschanz, a déclaré mercredi que «si la situation reste inchangée jusqu’au 27 août (date butoir pour l’offre publique d’achat, ndlr), elle est claire comme du cristal. Nous prendrons l’offre la plus élevée».
Le 10 juillet encore, Christopher O’Donnell était en Suisse pour convaincre les syndicats de l’intérêt de la solution S & N. Les observateurs s’attendaient alors à voir l’entreprise britannique surenchérir. La direction de Centerpulse, elle, l’espérait vivement pour des raisons plus personnelles que stratégiques: Max Link, PDG de la société, et René Braginski, actionnaire principal, possédant à eux deux 18,9% du capital, ils étaient les premiers gagnants de l’opération.
Hier, en apprenant que l’escalade des prix n’aurait pas lieu, ils ont dû faire la grimace. La valeur de leur société est estimée à 4,5 milliards de francs, soit 400 millions de plus que l’offre de Zimmer. Sitôt l’annonce connue, le cours de l’action Centerpulse a chuté de 375 à 352 francs, tandis que celui de S & N s’appréciait de 5,4%.
Zimmer a réalisé un chiffre d’affaires de 411 millions de dollars (+19% sur un an) et un bénéfice net de 89 millions de dollars (+35%) au dernier trimestre, tandis que le bénéfice de S & N progressait de 33% sur la même période. Le marché mondial des prothèses médicales connaît actuellement une croissance de12% par an.
Basée à Warsaw dans l’Indiana (LT du 4 juillet), Zimmer emploie 3600 personnes dans le monde, dont 2000 aux Etats-Unis, et a réalisé l’an dernier un chiffre d’affaires de 1,37 milliard de dollars. Outre le prix d’achat supérieur à l’offre de S & N, son directeur, Ray Elliott, soulignait dans sa lettre d’intention la bonne complémentarité géographique de sa société et de Centerpulse. Interrogé sur les risques de licenciements qu’encourait la seconde, il s’est voulu rassurant en soulignant la culture d’entreprise de Zimmer, fortement liée à la collectivité locale.
Le chiffre d’affaires de Centerpulse (ex-Sulzer Medica) a atteint 1,47 milliard de francs en 2002, son bénéfice net 337 millions. Attaquée pour un défaut de série constaté sur ses prothèses de hanches, l’entreprise avait frôlé la faillite avant de trouver un accord avec les plaignants.
L’étoile de Beatrice Tschanz, promise à de larges indemnités, pâlit
Catherine Cossy
La populaire cheffe de la communication de Centerpulse risque de se retrouver très riche, mais avec une image ternie.
Sacrée championne de la communication et de l’élégance en Suisse alémanique, Beatrice Tschanz, Madame Swissair depuis la catastrophe de Halifax, voit son étoile pâlir à grande vitesse dans les mêmes médias qui l’ont encensée pendant des années. Il y a une année exactement, elle était encore en bonne place dans la Schweizer Illustrierte, pour un reportage à tirer des larmes aux plus endurcis, qui la montrait dans sa maison de vacances, quelques semaines après la mort de son mari emporté par le cancer. Et maintenant, le rédacteur en chef de la même Schweizer Illustrierte, Marc Walder, livre un verdict sans pitié à Facts: «Avec cette histoire d’indemnités de départ, elle a passé le zénith de sa popularité.» Membre de la direction de Centerpulse en tant que cheffe de la communication, Beatrice Tschanz est sur la liste des bénéficiaires de dédommagements royaux en cas de vente de l’entreprise. Si elle ne reprend pas du service dans le nouveau groupe, elle a droit à 1,53 million de francs, qui, cumulés avec son salaire et un paquet d’options, lui rapporterait la rondelette somme de près de 4 millions de francs pour deux ans de travail.
«Je comprends que les gens aient de la peine avec cette somme, mais personnellement, je n’en ai pas: les emplois sont maintenus, les actionnaires profitent», explique l’icône de la communication, célèbre pour ses tailleurs pastel et sa coiffure toujours impeccables. Alors que les autres hommes de la direction sont aussi promis à de riches indemnités, elle est de loin la cible des réactions les plus émotionnelles du public et des actionnaires, qui ne comprennent pas qu’elle puisse «se remplir les poches» de la sorte. Juste retour de balancier pour celle qui a innové avec un style de communication qui laissait libre cours aux sentiments lorsqu’elle incarnait Swissair aux heures les plus noires du drame de Halifax? «Je savais que cela allait arriver, l’idéalisation de ma personne, telle qu’elle n’a pas cessé depuis 1998, ne pouvait pas durer éternellement, et c’est bien comme cela. Je dois aussi savoir encaisser», déclare, très professionnelle, Beatrice Tschanz.
Ayant débuté comme journaliste chez Ringier, puis chargée de la communication pour Jelmoli, elle s’est identifiée à Swissair, qu’elle a rejointe en 1997, et à son patron d’alors, Philippe Bruggisser, dont elle a défendu bec et ongles la fatale stratégie du «chasseur». Elle ne croit pas que l’épisode de Centerpulse nuise à sa carrière: «Dans les milieux économiques, ce n’est pas un thème. Et, à 59 ans, je suis en train de négocier le dernier virage de mon activité professionnelle.»

