«En Suisse, il faudra reparler des interruptions tardives»

Jeudi 23 octobre 2003
Propos recueillis par Philippe Barraud
Questions au Dr Michel Boulvain, médecin adjoint à l’Hôpital universitaire de Genève et secrétaire de l’Académie de médecine fœto-maternelle.
En Suisse, peut-on interrompre une grossesse après 12 semaines? Dr Michel Boulvain: On peut le faire lorsque la santé de la mère est en danger – la santé au sens large, c’est-à-dire un bien-être physique, psychologique et social, selon la définition de l’OMS. Il doit s’agir de circonstances qui mettraient gravement en danger la santé de la mère, s’il n’y a pas d’indication fœtale. Ce peut-être par exemple une jeune fille de 14 ans qui a été violée, ou des femmes plongées dans une détresse psychosociale. – Quelle est la procédure? – Il y a toujours une longue discussion, avec les personnes et à l’intérieur du service. Lorsqu’il s’agit de malformations fœtales, les parents reçoivent une information très détaillée sur celles-ci, puis nous avons une discussion pluridisciplinaire pour envisager toutes les possibilités de traitement réparateur s’il en existe, ou des solutions palliatives pour atténuer les effets de la malformation. Il faut savoir qu’à partir de 24 semaines, le fœtus qui naît peut survivre potentiellement. En dessous de 24 semaines, la survie est pratiquement nulle. – Que se passe-t-il alors au-delà de 24 semaines? – Nous ne faisons pas d’avortement, car cela impliquerait soit un fœticide, par injection d’un produit toxique dans le cordon du bébé lorsqu’il est in utero, soit – quel mot employer? – une euthanasie ou un infanticide à la naissance. Mais il est possible aussi qu’il décède pendant l’accouchement, car il est très fragile à ce moment-là. – Peut-on provoquer l’avortement par des moyens médicamenteux, ou doit-on recourir aux procédés «barbares» que dénoncent les militants anti-avortement aux Etats-Unis? – De plus en plus, on a recours à des moyens médicamenteux parce qu’ils sont plus efficaces. Quant aux gestes «barbares»… La forme est différente mais le fond est le même. Bien sûr, c’est moins difficile pour nous de placer une perfusion avec un produit qui donne des contractions, que de faire des curetages assez traumatiques. Mais le résultat est le même pour le fœtus. – A ce jour, on n’intervient donc plus au-delà de 24 semaines? – C’est un point qui va être rediscuté. L’Académie de médecine fœto-maternelle va réfléchir à ce problème. Il faut mettre la question sur le tapis car il y a une grande distorsion entre ce qui se fait ici, et en France. Il y a des malformations qu’on ne détecte qu’après 24 semaines, en particulier lorsque la mère n’est pas régulièrement suivie. – Quelle est la fréquence des interruptions tardives? – Elles sont rares. Entre 14 et 24 semaines, on en compte entre 10 et 20 par année aux HCUGE.

