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Menace bactériologique: «Il faut repenser les modalités de c

Jeudi 23 octobre 2003
Samuel Gardaz

SECURITE. Pour Jean-Pascal Zanders, directeur de l’ONG BioWeapons Prevention Project basée à Genève, les mécanismes de vérification doivent tenir compte du boom économique du secteur des biotechnologies.

Depuis le 11 septembre 2001, surtout aux Etats-Unis, la crainte d’une résurgence de la variole se double de celle, plus ou moins fondée, de l’utilisation de ce virus mortel par un groupe terroriste. Le point sur la menace avec le docteur Jean-Pascal Zanders, ancien chef du projet «guerre bactériologique et chimique» au Stockholm International Peace and Research Institute (SIPRI) et actuel directeur de l’ONG BioWeapons Prevention Project, à l’occasion de la Conférence internationale sur la biosécurité, qui s’est achevée hier à Genève (Le temps du 22 octobre). Le Temps: La menace bactériologique est-elle une réalité? Jean-Pascal Zanders: On en parle beaucoup du fait de son caractère sensationnel, mais elle est très faible. Il faudrait que des terroristes acquièrent des souches de virus, maîtrisent le processus de manipulation, de militarisation, puis de dispersion de ce genre d’agents. Cela nécessite une structure de compétences très complexe et des ressources financières considérables. Malgré son caractère spectaculaire, l’horrible attaque au gaz sarin menée contre le métro de Tokyo par la secte Aum en 1995 a ainsi fait un nombre relativement limité de victimes (ndlr: 12 morts et plusieurs milliers d’intoxiqués). Il manquait encore à cette secte des compétences spécifiques, dont seule une énorme organisation peut se doter. – Quid du ricin? La police anglaise a arrêté ces derniers mois plusieurs personnes qui en détenaient…. – Le ricin est le cas typique d’une substance dangereuse que d’éventuels terroristes ne peuvent produire qu’en toute petite quantité. Elle peut donc surtout servir à des assassinats très ciblés. – Quels sont les risques de prolifération concernant la variole? – Depuis que la maladie a été déclarée éradiquée en 1979, les seules souches existant officiellement se trouvent dans deux laboratoires, l’un américain, l’autre russe. Et sauf accident très peu probable, le risque ne vient pas de ces deux centres. Il vient plutôt du fait qu’on ne dispose d’aucun mécanisme pour vérifier que les autres Etats susceptibles de posséder des souches les ont bien détruites dans les années 80, sur les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé. – Les Etats-Unis sont-ils un modèle en la matière? – Je suis convaincu qu’ils ne développent pas de programme offensif mais défensif, ce qui est permis par la Convention sur les armes bactériologiques (ce texte de 1972 signé par 144 pays interdit «la mise au point, la fabrication et le stockage des armes bactériologiques [biologiques] ou à toxines). Le problème est que les autorités américaines développent aussi des programmes «noirs» qui échappent au contrôle du Congrès. Ils ont par exemple mené des tests sur la dispersion de particules d’anthrax dans l’air, ce qui peut être assimilé à un élément de programme offensif. Cette ambiguïté a deux conséquences graves: d’une part, certains pays peuvent avoir le sentiment que Washington poursuit un programme offensif caché et décider, en rétorsion, d’intensifier leurs propres recherches. D’autre part, les pays qui mèneraient déjà des programmes offensifs secrets peuvent s’estimer légitimés à les poursuivre. – Vous réclamez un renforcement des contrôles internationaux. Est-ce envisageable, vue l’hostilité de l’administration américaine envers les instances internationales? – Le problème ne découle pas seulement des positions idéologiques du gouvernement américain actuel. Il faut repenser l’idée de vérification dans le contexte caractérisé par le boom des biotechnologies, utilisatrices naturelles d’agents dangereux. Il faut imaginer des modalités qui tiennent compte des intérêts à la fois du désarmement et de la sécurité, mais aussi de ce secteur d’activité. Ce qui n’est pas facile. La globalisation renforce la compétition économique entre Etats et la fin de la guerre froide ne permet plus à ceux-ci de faire prévaloir la sécurité nationale et internationale sur les intérêts privés.