Vous avez aimé le Viagra? Vous allez adorer le Levitra

Vendredi 24 octobre 2003
Philippe Barraud, Zurich
Hier à Zurich, le premier concurrent du Viagra a été lancé sur le marché suisse. Le Levitra, commercialisé et vendu sous ordonnance depuis le 6 octobre dans notre pays, viendrait à bout des impuissances résistant à la pilule bleue, et marcherait à tout âge…
La dysfonction érectile? C’est un problème embêtant, mais c’est surtout un marché. C’est même un marché immense, dont les perspectives font briller de petits dollars dans le regard des pharmaceutiques. En Europe, quelque 30 millions d’hommes sont confrontés à ce problème. En Suisse, ils sont environ 300 000, et on sait qu’entre 40 et 70 ans, plus d’un homme sur deux (52%) présente des troubles érectiles plus ou moins prononcés. Mais le chiffre qui intéresse sans doute le plus l’industrie, c’est celui-ci: en Suisse, seuls 10% des hommes souffrant de troubles érectiles sont suivis médicalement – ce qui témoigne du tabou qui entoure encore ces difficultés-là: même à son médecin, on n’ose pas en parler. Pour Jürgen Kyek, directeur général du géant pharmaceutique GlaxoSmithKline, le marché va doubler dans le monde, et ce sont donc quelque 300 millions d’hommes qui pourront trouver une solution médicamenteuse simple à leur problème. Problème sérieux au demeurant, qui peut avoir des conséquences psychologiques et sociales importantes. Le nouveau médicament contre les troubles érectiles, le vardénafil, a été développé et soumis à l’enregistrement en un temps record: 47 mois. Quelque 4000 patients ont été soumis à des essais cliniques exhaustifs. Pour Bayer, qui fabrique le produit à Leverkusen en Allemagne, et son partenaire commercial, GlaxoSmithKline, le critère était «speed to market», puisqu’on se trouve dans un secteur extrêmement concurrentiel, voire agressif. En Suisse, la nouvelle pilule est commercialisée depuis le 6 octobre, sous le nom de Levitra. Ce médicament est la première alternative, depuis cinq ans, au sildénafil, le Viagra bien connu de Pfizer. Comme son concurrent, c’est un inhibiteur de la PDE-5, une enzyme qui évacue en permanence la «substance qui fait bander», si on ose dire. Son mode d’action est exactement le même que celui du sildénafil mais, selon ses producteurs, le vardénafil agit «indépendamment de la cause et de la gravité des troubles érectiles, et indépendamment de l’âge de la personne atteinte», expliquait hier à Zurich le directeur du département HealthCare de Bayer, Marc Neuschwander. Mais la botte secrète du Levitra, c’est qu’il a été confronté à son grand rival, le Viagra, dans une étude en double aveugle menée à la clinique d’urologie de l’Université de Caroline du Nord. Et les résultats ont montré que la nouvelle pilule avait triomphé chez 62% des hommes auprès de qui le sildénafil était resté impuissant, même à hautes doses. De plus, selon le Dr Hersz Braun, directeur de la recherche et du développement chez Bayer, le vardénafil agit rapidement (15 minutes chez certains hommes) et indépendamment de la prise d’alcool ou de nourriture (sauf plats extrêmement gras), et sa durée d’action peut atteindre cinq heures. D’un point de vue strictement physiologique, les problèmes érectiles ont tous la même cause, liée à l’oxyde nitreux et à la relaxation musculaire du corps caverneux, qui est essentielle pour l’érection. Mais en amont, les causes sont nombreuses. Statistiquement, les plus fréquentes sont le diabète sucré, l’hypertension, le tabagisme et la dépression. Il reste que comme le Viagra, le Levitra n’a pas un effet purement mécanique: sans la moindre trace de désir, il ne se passera rien. Mais qui se soucie d’avoir une érection, en l’absence de tout désir?

