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«On pensait qu’on pourrait profiter de la vie»


Jeudi 20 novembre 2003
Cynthia Gani

Les primes d’assurance maladie grèvent de plus en plus durement les budgets des ménages. Exemple genevois.

Comme des milliers de familles à Genève, Mauro et Anita Tonelli doivent se serrer la ceinture pour faire face au coût croissant de leur assurance maladie. Avec un revenu total de 5000 francs par mois, ils ne peuvent pas s’octroyer les petits plaisirs auxquels ils croyaient avoir droit avec l’âge. La voix pleine de nostalgie, Anita, 59 ans, confie: «Quand les enfants sont partis, on a pensé qu’on pourrait profiter de la vie…»

Dans leur chaleureux appartement niché au cœur du quartier des organisations internationales, les Tonelli crient leur colère contre le système des assurances maladie. Mauro, 62 ans, a dû prendre sa retraite anticipée après vingt-six ans de bons et loyaux services «aux PTT». Depuis, le couple vit sur sa rente mensuelle de 3300 francs. «Cette année, nous payons 1500 francs de franchise et 671 francs par mois, avec une seule assurance complémentaire. L’année prochaine, nous allons baisser notre franchise à 1200 francs et nous devrons payer 870 francs par mois. Ça n’arrête pas d’augmenter, mais, par contre, ma rente ne bouge pas!» s’emporte Mauro. Et de relativiser, sous le regard attristé de son épouse: «C’est pas grave, on mettra moins de beurre sur le pain.»

Pour arrondir les fins de mois, Anita, venue d’Uri pour suivre son époux tessinois à Genève, a commencé à travailler à l’âge de 54 ans. «Dans le maquillage», explique-t-elle. «Dans le merchandising», rectifie son époux. Anita gagne ainsi 2100 francs par mois: «C’est de l’argent de poche, comme ça elle n’a pas besoin de chercher dans tous les porte-monnaie de la maison quand elle a besoin de faire un achat», justifie Mauro. Ce petit revenu, Anita le consacre aux vêtements, et à ses petits-enfants âgés de 7 et 8 ans, malgré les réticences de son mari. «Il faut réfléchir à deux fois avant de leur faire des cadeaux», affirme-t-il en tant que comptable du couple.

Les voyages, qui étaient chers au couple, se retrouvent également au chapitre des privations. «Nous avions organisé un voyage en Egypte pour janvier 2004, mais on va laisser tomber», disent-ils avec lassitude. Des sacrifices injustes à leurs yeux. Pour Mauro, la solution est simple: «On devrait payer les assurances maladie selon notre revenu. Le problème, c’est qu’il y a deux poids, deux mesures.»