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Des Genevois découvrent un mécanisme embryologique

Jeudi 20 novembre 2003
Anton Vos

BIOLOGIE. Publiée dans «Nature», une étude éclaire la détermination sexuelle de l’embryon.

La détermination sexuelle de l’embryon ne dépend pas seulement de la présence ou de l’absence du chromosome Y. Elle requiert également la contribution de trois «récepteurs à insuline», des molécules impliquées dans le fonctionnement d’une classe d’hormones dont fait partie l’insuline. Si ces trois récepteurs sont absents, un embryon génétiquement mâle ne développera pas d’organes sexuels masculins. Les gonades primitives, notamment, deviendront des ovaires, jamais des testicules. Cette découverte, publiée dans la revue Nature du 20 novembre, a été réalisée, en collaboration avec des chercheurs de l’Université du Texas, par Serge Nef, maître-assistant au Département de morphologie de l’Université de Genève et membre du Pôle national de recherche Frontiers in Genetics.

Chromosome Y
Jusqu’à maintenant, le seul mécanisme identifié pour être à l’origine de la différenciation sexuelle lors du développement de l’embryon est le gène Sry, situé sur le chromosome Y et découvert en 1990. Tout semble dépendre de lui. Par une cascade de réactions moléculaires encore mal connues, il permet à des cellules présentes dans les gonades de se différencier en cellules de Sertoli plutôt qu’en cellules folliculaires typiques des ovaires. Le rôle des cellules de Sertoli est de commander le développement des tubes séminifères ainsi que la production de toute l’armada d’hormones qui donneront au mâle son aspect final: fabrication des organes génitaux externes, descente testiculaire, etc. En d’autres termes: pas de Sry, pas de garçon. Du point de vue strictement biologique, on naît fille par défaut du gène Sry, soit parce qu’il est simplement absent, soit parce qu’il ne fonctionne pas.

Troubles de la fertilité
Les résultats des chercheurs genevois ont montré que l’absence des trois récepteurs à insuline entraîne une réduction importante de l’expression du gène Sry ainsi qu’une diminution de la prolifération des cellules dans la gonade primitive et donc des cellules de Sertoli. «Ces récepteurs agissent peut-être en amont de Sry, suggère Serge Nef. Ils favoriseraient la prolifération des précurseurs des cellules de Sertoli, assurant ainsi par la suite une expression adéquate du gène pour que l’embryon se développe en mâle. Mais il est également possible que les récepteurs entrent en jeu après le Sry et agissent sur la prolifération des cellules de Sertoli elles-mêmes. Quoi qu’il en soit, ils jouent un rôle clé très tôt dans le processus de différenciation sexuelle. Par ailleurs, il sera très intéressant de voir dans quelle mesure des anomalies dans ces récepteurs, ou dans les hormones qui agissent par leur intermédiaire, pourraient être impliquées dans les troubles de la fertilité ou de la détermination sexuelle chez l’homme.»