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Trente pour cent des jeunes sont mal dans leur peau

Jeudi 20 novembre 2003
Francine Brunschwig, Berne

Ils souffrent du manque d’attention de leurs parents. Alcool et fumette cartonnent.

La nouvelle vaut son pesant d’or: en Suisse, la majorité des jeunes entre 16 et 20 ans s’estiment en bonne santé, se sentent bien dans leur peau et insérés dans un réseau relationnel – la famille, les amis, l’école ou le lieu d’apprentissage – qui leur apporte le soutien nécessaire, tout en leur laissant une autonomie suffisante.
Tel est l’un des résultats fondamentaux d’une vaste enquête réalisée en 2002 auprès de 7420 jeunes suivant une filière scolaire ou un apprentissage. Ses conclusions ont été présentées hier à Berne. L’analyse a été réalisée par l’Institut universitaire de médecine sociale et préventive de Lausanne (IUMSP), l’Institut de psychologie de l’Université de Berne et l’Office de promotion de la santé du Tessin, avec le soutien de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP).
Le tableau n’est cependant pas tout rose: près d’un tiers (30%) des jeunes interrogés vivent des difficultés affectives ou relationnelles et adoptent des comportements à risque. Une partie (10%) de cette forte minorité affronte des problèmes sévères qui risquent de perdurer au-delà de l’adolescence.
Par rapport à la même enquête réalisée il y a dix ans, en 1993, les comportements addictifs ont fortement augmenté et la santé mentale (image corporelle, état dépressif) s’est détériorée. La violence, par contre, est restée stable mais sa fréquence reste élevée: 18% des filles et 25% des garçons ont été victimes de vol, de violence physique ou de racket durant l’année précédant l’enquête. A noter que l’enquête n’a pas inclus les 20% de jeunes qui travaillent ou sont au chômage et qui, sans doute, péjoreraient la proportion des 30% d’adolescents ayant des difficultés.
Les états d’ivresse sont en hausse chez les deux sexes: 60% des garçons et 40% des filles ont été ivres au moins une fois au cours du mois précédant l’enquête. Un jeune sur trois se considère fumeur régulier. L’étude confirme l’augmentation de la consommation de cannabis. Tandis que celle de l’héroïne reste stable, celle de la cocaïne a progressé.

Stress et déprime
Si les comportements des garçons et des filles se ressemblent de plus en plus (alcool, tabac), les réactions diffèrent en cas de problèmes. «Les filles vont davantage chercher du soutien, les garçons auront tendance à noyer leurs soucis dans des comportements à risque», relève le Dr Françoise Narring, responsable de la consultation «Santé jeunes» aux HUG de Genève.
Le stress, la déprime, la vie sentimentale figurent en tête de liste des problèmes pour lesquels est exprimé un besoin d’aide: 35% des filles et 20% des garçons se sentent par moments suffisamment déprimés pour avoir besoin d’un soutien. Un mal de ventre ou de tête cache souvent un malaise plus grave dont l’adolescent n’ose pas, ou ne veut pas, parler. Les pourcentages de suicides, notent les auteurs qui dénoncent le retard suisse en matière de prévention, sont considérables: 8% des filles et 3% des garçons rapportent au moins une tentative.
La famille et les amis sont les premiers interlocuteurs en cas de problème: 80% ont l’impression que leurs parents les comprennent, 10% craignent la séparation de leurs parents.

Troubles alimentaires
Assez inquiétante est la détérioration de l’image que les adolescents ont d’eux-mêmes au plan physique: 40% des filles (18% des garçons) sont insatisfaites de leur corps et 70% désirent perdre du poids. Les troubles alimentaires ont nettement augmenté: 3% des filles (1% en 1993) et 1% des garçons avouent se faire vomir plusieurs fois par semaine, voire chaque jour. Publicité et pression sociale sont mises en accusation.
«Parvenir à donner une image sexy de la vie saine constitue l’une de nos tâches», affirme Chantal Diserens, de l’IUMSP à Lausanne, qui sera notamment chargée d’initier des pistes de travail avec Promotion santé suisse et l’OFSP.

Selon les auteurs, des facteurs de nature d’abord sociale expliquent le mal-être des jeunes: trop d’enfants et d’adolescents souffrent d’un déficit d’attention des parents et manquent de liens avec des adultes responsables qui peuvent leur servir de modèles. Les incertitudes quant à l’avenir professionnel, l’absence de règles cohérentes et de discours clairs, le laxisme dans le domaine de la vente de produits psychotropes sont autant d’éléments qui contribuent à l’éclosion des problèmes.