La Suisse investira en Chine dans la recherche scientifique

Samedi 22 novembre 2003
Yves Petignat, Pékin
COOPERATION. Les deux pays envisagent de créer dans deux ans un laboratoire commun à Pékin autour des médecines traditionnelles et des biotechnologies. Des juristes chinois seraient également formés en Suisse dans le domaine de la propriété intellectuelle.
On devrait voir, à l’horizon 2005, un laboratoire commun de recherche sino-suisse à Pékin. C’est le premier objectif acquis d’un accord de collaboration scientifique et technologique signé vendredi à Pékin entre la Suisse et la Chine, à l’occasion de la visite du président de la Confédération, Pascal Couchepin. Les projets individuels ou ponctuels qui caractérisaient la collaboration scientifique entre la Chine et la Suisse seront désormais développés dans un programme aux objectifs mieux ciblés, sous la responsabilité, côté suisse, de l’EPFZ.
Car la Chine n’est pas seulement l’usine du monde, avec une main-d’oeuvre à bas prix. C’est aussi une puissance technologique en devenir et depuis le bond dans l’espace du premier «taïkonaute» chinois, un laboratoire de recherche en pleine croissance. Même si les fonds consacrés à la science et à la recherche (30 milliards de dollars) ne représentent que le triple des investissements publics et privés suisses, ils croissent de l’ordre de 20% par an. Pour l’heure, les entreprises chinoises profitent surtout des apports technologiques des «joint-ventures» avec des sociétés étrangères. La Chine bénéficie du retour des milliers de «tortues de mer», ces jeunes Chinois formés à l’étranger.
L’intérêt marqué pour la Chine de la part des multinationales helvétiques de la chimie ou de la pharmacie ne tient pas seulement à sa capacité de production à bas prix mais, relevait un des dirigeants de Novartis, à «son respect des règles de la propriété intellectuelle», contrairement à la politique suivie par l’Inde.
Lutte contre la contrefaçon
Des règles toutefois difficiles à appliquer, dans ce royaume de la contrefaçon, par des juges peu formés à cette spécialité. Quarante mille procédures concernant le respect des marques et 20 000 à 30 000 pour la propriété intellectuelle sont ouvertes chaque année. D’où l’idée, reprise par Pascal Couchepin devant le vice-ministre du Commerce, Yu Guangzhou, de former en Suisse, pour ce domaine très pointu du droit, des juristes chinois.
Au président chinois Hu Jintao qui, devant Pascal Couchepin, s’inquiétait de ce que l’on signe beaucoup d’accords sans passer à la concrétisation, la Suisse a répondu vendredi par du concret, avec la signature d’un «accord d’intentions» qui aborde déjà la réalisation. Celui-ci désigne à la fois les responsables de la coopération technologique et scientifique, l’EPFZ côté suisse, mais aussi les domaines de recherche prioritaires.
Dix thèmes ont été choisis. Il s’agit notamment des champs de rencontre entre la médecine chinoise et la médecine traditionnelle, impliquant la recherche sur les neurosciences aussi bien que celles sur les herbes traditionnelles, de la santé publique, des nanotechnologies ou de la protection de l’environnement.
Seule faiblesse, les budgets n’existent pas encore, même si la Suisse, dans le cadre du plan financier, a augmenté ses provisions pour de tels projets. Les programmes seront de plus financés par le Fonds national de la recherche ou par les universités suisses intéressées. Le coût du laboratoire de Pékin, un million de francs par année pour la phase de lancement, sera assumé à parts égales par les deux pays.

