Hit-parade des métiers: docteurs O.K. Politiciens K.-O.

Mercredi 26 novembre 2003
Elisabeth Eckert Dunning
Un sondage quasi planétaire dresse le hit-parade des professions les plus fiables.
Bienheureux les guérisseurs de l’âme et du corps, les voies du cœur leur sont ouvertes! Mais pour les politiciens, les journalistes et les patrons, il leur sera plus difficile d’y pénétrer que pour un chameau de passer par le chas d’une aiguille. Telle est en substance la parabole humaine tout droit issue d’un sondage titanesque lancé par l’institut GfK pour le compte du Wall Street Journal Europe et réalisé auprès de 22 000 personnes dans 21 pays.
Les médecins et les prêtres — toutes religions confondues — jouissent en effet de la plus grande estime, du Danemark à la Pologne, des Etats-Unis à la Suisse ou à la Turquie. Et si les docteurs arrivent quasiment partout en tête, les nations chrétiennes orthodoxes que sont la Russie, la Roumanie ou la Grèce leur préfèrent largement leurs prélats. Question de spiritualité et de mixité Eglise-Etat, sans doute. Voilà pour les bien-aimés.
Leçon de mœurs
Mais, à l’inverse, certaines professions dites prestigieuses ont pris un sérieux coup de plomb dans l’aile. Regardez les politiciens: avec seulement 2% des sondés qui déclarent leur faire totalement confiance et 16% si l’on y ajoute les personnes tièdement confiantes, ils font figure de véritables lanternes rouges dans ce classement. Ils obtiennent même un zéro pointé (oui, 0% de taux d’estime) chez les Russes et les Allemands de 30 à 49 ans, ainsi qu’auprès de tous les Polonais et Autrichiens de 14 à 49 ans. Les élus helvétiques font un peu mieux, avec 3% de personnes qui leur accordent tout leur crédit, mais là aussi, l’opinion diverge selon l’âge.
De façon surprenante, ce sont les jeunes Suisses qui semblent leur faire le plus confiance, puisque le taux «monte» à 6%, alors que les trentenaires, les quadras et les quinquas ne les plébiscitent sur leur fiabilité qu’à 1%.
Parlons évidemment encore des journalistes dont la cote de popularité égale celle des grands patrons. C’est peu dire après les affaires Enron ou Swissair…
Patrons américains mal-aimés
Seuls les Roumains daignent noter cette profession largement au-dessus de la moyenne mondiale (20%); un doux amour que partagent d’ailleurs nombre de pays de l’Europe de l’Est. A l’Ouest, on constate tout de même avec bonheur que les journalistes portugais, belges ou grecs conservent encore le respect de leurs lecteurs-téléspectateurs-auditeurs.
Mais soyons clairs ce sondage, réalisé pour le Wall Street Journal, s’est particulièrement concentré sur ce que pensent M. et Mme Tout-le-monde des directeurs généraux. Et force est de constater que le résultat n’est guère brillant. Aux Etats-Unis, par exemple, 81% des sondés se sont déclarés fortement et négativement influencés par les scandales financiers qui ont ébranlé la planète économique ces deux dernières années. La Suisse n’est pas épargnée par le phénomène, où, semble-t-il, les parachutes dorés ont encore davantage choqué que les jongleries mammouth avec la comptabilité.
Demeure, toutefois, un havre de paix pour les big boss en mal d’amour: les pays scandinaves où ils frisent les 18% de confiance. Les standards éthiques et les tailles moyennes de la plupart des entreprises y jouent sans doute un grand rôle, qui font que les dérapages mégalomaniaques y sont moins nombreux qu’ailleurs.

