L’OMS lance un plan pour accélérer l’accès aux trithérapies

Mardi 2 décembre 2003
Entretien avec Paulo Teixeira, directeur du département VIH-sida à l’Organisation mondiale de la santé
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a choisi le 1er décembre, Journée mondiale de lutte contre le sida, pour lancer simultanément, dans plusieurs pays, son initiative en faveur du traitement des malades du sida, “3 millions d’ici à 2005″. Comment ce plan a-t-il été élaboré ?
Dès son arrivée à la tête de l’OMS, il y a quatre mois, le docteur Jong Wook-lee a décidé de faire de la lutte contre le VIH-sida une priorité. Notre stratégie associe toujours le traitement, la prévention et le soutien aux personnes atteintes par le virus du sida. Des progrès sensibles ont été accomplis en matière de prévention et de défense des droits des personnes vivant avec le VIH, mais la communauté internationale est très en retard pour l’accès des malades aux médicaments antirétroviraux. Au rythme actuel, moins de 1 million de malades vivant dans un cadre de vie à ressources limitées auront accès à un traitement antirétroviral d’ici à la fin 2005. Il fallait donc qu’une autorité internationale fasse des recommandations. Nous avons travaillé à démontrer qu’il était possible de faire bénéficier des traitements 3 millions de personnes dans les pays en développement, en l’état actuel de leurs structures de soins, pour peu que nous mobilisions l’argent nécessaire. Notre objectif reste de pouvoir traiter les 6 millions de personnes qui en ont un besoin urgent, mais nous avons fixé une première cible accessible.
Sur quels piliers s’appuie la stratégie de l’OMS ?
Principalement sur des recommandations thérapeutiques simplifiées, un appui pour développer les capacités des personnels de santé et un Service de médicaments et de produits diagnostiques concernant le sida (AMDS, en anglais). Les schémas thérapeutiques recommandés sont ramenés de 35 à 4, tous aussi efficaces. En particulier, la stratégie recommande d’utiliser des associations à dose fixe -combinaison de plusieurs molécules dans un même comprimé- de qualité assurée, qui sont des instruments favorisant le suivi du traitement. Une trithérapie de ce type, fabriquée par deux laboratoires de génériques indiens, a pour la première fois été approuvée par l’OMS le 28 novembre, comme une stratégie de référence. L’OMS a également établi des recommandations pour une surveillance biologique très simple sans faire appel aux examens biologiques utilisés dans les pays les plus riches. Les expériences du Brésil et d’Haïti démontrent qu’il est ainsi possible de traiter 80 % des malades concernés sur la base de critères cliniques et non biologiques.
Comment l’OMS entend-elle aider concrètement au développement des capacités sanitaires des pays en développement ?
Nous voulons mettre à la disposition de ces pays un solide réseau d’appui pour former en urgence des dizaines de milliers d’agents de santé communautaires non médicaux. Ils viendront soutenir la fourniture et la surveillance des traitements. Nous le ferons en partenariat avec diverses initiatives comme Esther, lancée par la France, et institutions, tout cela en lien avec d’autres projets de santé).
En quoi va consister le Service mondial de médicaments et de produits diagnostiques concernant le sida ?
L’OMS va travailler avec l’Unicef et d’autres partenaires des programmes des Nations unies pour aider les pays à diffuser les antirétroviraux. Cela se fera à partir des décisions prises par les autorités nationales. Par exemple, un pays désireux d’adapter sa production locale de médicaments génériques peut avoir besoin de notre aide pour le contrôle de qualité ou les aspects légaux des brevets. D’une façon générale, l’OMS aidera les pays qui le souhaitent à se procurer des médicaments de qualité au meilleur prix. De la même manière, elle va participer plus intensément aux décisions internationales, et notamment au travail sur les questions des génériques et des brevets à l’Organisation mondiale du commerce.
Comment l’OMS compte-t-elle financer ce projet ?
L’OMS ne pourra mobiliser tout l’argent nécessaire. Elle jouera son rôle et, pour ses activités propres de soutien, elle mobilisera 300 millions de dollars au cours des deux prochaines années. Malgré les progrès accomplis afin d’ augmenter les ressources financières disponibles, le coût, pour atteindre la cible “3 millions d’ici à 2005″, est estimé à 5,5 milliards de dollars. Nous travaillerons donc avec les donateurs et les pays en voie de développement pour montrer que notre initiative destinée à traiter les malades, même dans les pays très pauvres, marche et apporte des bénéfices non seulement en termes de santé, mais aussi de développement social et économique. C’est par des résultats concrets que nous pourrons aider la communauté internationale à mobiliser plus d’argent.

