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Santé: quand la politique des moyens remplace celle des beso


Mardi 2 décembre 2003
Robert Paul Meier
Secrétaire général de la Fédération des hôpitaux vaudois (FHV)

Périodiquement paraissent dans les journaux des sondages concernant les principales préoccupations des Suisses. En règle générale, les questions relatives à notre système de santé sont citées parmi les premières sources d’inquiétude.

Ce que l’on ne sait pas en revanche, c’est si les craintes exprimées globalement portent plus sur l’avenir et la pérennité de notre système ou si c’est plutôt la problématique de la hausse continue des coûts qui angoisse nos compatriotes. Si aujourd’hui tout le monde s’accorde, toutes tendances politiques confondues, pour admettre que l’augmentation continue des primes d’assurance maladie n’est plus admissible, peu s’entendent sur la manière de maîtriser cette ascension vertigineuse. Les récentes tergiversations fédérales concernant les révisions de la LAMal en sont la preuve tangible. Les reports successifs de la 2e révision – et par conséquent de la 3e – nous apportent au moins une réponse évidente: il n’y a pas de solution simple sans conséquence sur l’un des facteurs de l’équation sanitaire et donc sur l’un des acteurs du système.

Si l’on part du principe qu’il faut absolument enrayer la hausse des primes – tout en préservant le niveau qualitatif de la prise en charge -, il faut alors «tout simplement» augmenter la participation de l’Etat (laquelle n’a cessé de baisser proportionnellement ces dernières années). Si, cependant, on veut éviter une trop forte pression fiscale – tout en limitant les déficits budgétaires -, il n’y a pas d’autre choix que de renforcer la responsabilité individuelle. Cela pourrait se traduire par une limitation du catalogue des prestations LAMal et par de fortes augmentations des franchises, par exemple. Bref, imaginer maintenir le niveau de qualité de soins qui est le nôtre tout en essayant de limiter le financement est illusoire! J’estime, pour ma part, inique de laisser croire que nous pourrions continuer de profiter des bienfaits de la médecine et de l’ensemble des prestations médico-sociales tout en économisant sur des postes budgétaires qui, pour environ les trois quarts, sont des postes liés aux ressources humaines.
De ce point de vue, il faut être clair: nous ne pourrons plus réaliser de nouvelles économies dans les institutions de la FHV sans diminuer les prestations offertes. Ces dernières années, de gros efforts en matière de gestion ont été demandés à la communauté hospitalière. Sans transformation radicale de la carte hospitalière vaudoise – avec la construction indispensable de nouveaux hôpitaux monosites regroupant l’activité de plusieurs établissements existants -, il n’y a plus de marge de manoeuvre possible! Pourtant les hôpitaux vaudois vont encore devoir subir en 2004 des mesures financières contraignantes. En effet, la prise en compte des adaptations statutaires, des substantielles augmentations du coût des médicaments et du matériel médical ainsi que des charges d’assurance – RC en particulier – ne sera que partielle. En parallèle, l’application incontournable des contraintes légales dans le domaine des ressources humaines (loi sur le travail, loi sur le personnel de l’Etat de Vaud et convention des médecins assistants) va entraîner de sérieuses difficultés dans l’organisation de nos hôpitaux. Si l’on ne veut pas voir se creuser des déficits d’exploitation, il faudra forcément passer par des décisions fortes et transparentes visant à limiter un certain nombre de prestations des hôpitaux. Cela conduira inéluctablement à une prise en charge différente des patients. Les hôpitaux devront apprendre à «gérer les files d’attente» et la population devra intégrer la notion de rationnement!
Le Conseil d’Etat nous l’a très clairement expliqué: «La situation budgétaire très tendue du canton nous oblige à remplacer la logique des besoins par celle des moyens.» Très bien! Faut-il encore que les conséquences de cette volonté politique soient clairement expliquées. Malheureusement, nos instances politiques ne s’expriment que très prudemment sur ce sujet. Elles continuent, en général, à laisser croire que nous pourrions maintenir notre niveau qualitatif de prise en charge sanitaire tout en prenant de substantielles mesures d’économie. Les hôpitaux de la FHV doivent le dire distinctement: ce n’est dorénavant plus possible!