«Moins encouragés à prendre notre temps»

Mardi 23 décembre 2003
Georges-Marie Bécherraz
INTERVIEW EXPRESS de Charles-Abram Favrod-Coune, médecin à Château-d’OEx, président de la Société vaudoise de médecine.
- Comment allez-vous intégrer, dans votre pratique, la minutie exigée par Tarmed?
– C’est une pression nouvelle, quand bien même notre tarif actuel est déjà basé sur un temps standard de consultation, mais Tarmed introduit un niveau de détail inouï. Nous serons évidemment surveillés par les assureurs sur le temps que nous facturerons. Sachant qu’une bonne partie d’une consultation consiste à répondre à des questions du patient, nous serons amenés à arbitrer les demandes de la personne en face de nous.
- Comment les patients vont-ils réagir, à votre avis?
– Comme nous serons moins encouragés à prendre notre temps, surtout au début, les patients vont nous poser moins de questions. C’est préoccupant dans la mesure où nous constatons que la pression déjà mise sur les dépenses de santé diminue le nombre de consultations. C’est bien d’une certaine manière, mais lorsqu’une affaire est moins suivie, le résultat risque d’être moins bon. Pire encore, à force de promouvoir la diminution de consommation des médicaments, certains malades se soignent moins et espacent, par exemple, d’eux-mêmes la prise de remèdes contre l’hypertension, ce qui est absurde et déroutant.
- Tarmed présente-t-il, par ailleurs, des avantages qui justifieraient ses défauts?
– Je rappelle que ce ne sont pas les médecins qui ont voulu cela. Ils l’ont toléré, c’est tout. On a cru que cela apporterait un rééquilibrage entre certains spécialistes et généralistes et puis on s’aperçoit qu’au mieux, les déséquilibres vont simplement se placer ailleurs. On aurait pu faire plus simple. Mais il est un peu tard pour revenir en arrière.

