Votre médecin devra travailler montre en main dès janvier

Mardi 23 décembre 2003
Georges-Marie Bécherraz
COÛTS DE LA SANTÉ Le minutage des consultations sera incontournable avec l’entrée en vigueur de Tarmed, tarification fédérale unifiée. Chamboulement des habitudes du corps médical et de celles des patients.
Naguère précieux outil de diagnostic, le chronomètre fera, l’an prochain, un retour en force dans les cabinets médicaux. A des fins bassement matérielles, c’est-à-dire non plus pour mesurer le temps d’une série de battements de coeur, mais celui écoulé entre le début et la fin d’une consultation. L’une des grandes nouveautés de Tarmed – tarification fédérale unifiée des soins ambulatoires – consiste en effet à découper la prestation médicale en tranches de cinq minutes. Cela afin de valoriser le travail intellectuel au détriment des actes purement techniques. Les praticiens n’ont d’autre choix que de s’y soumettre. Sous peine de voir fondre leurs revenus et, qui sait, d’en arriver à mettre la clé sous le paillasson. De quoi chambouler les habitudes non seulement des médecins, mais surtout celles de leurs patients.
Un peu de bon sens
L’un des principes fondamentaux de Tarmed, c’est la neutralité des coûts d’un point de vue macroéconomique (lire encadré). Cela ne signifie pas pour autant qu’à prestations égales, les factures seront identiques à celles établies jusqu’ici, loin s’en faut. En théorie, le patient n’en a cure puisque tout est remboursé par l’assurance, hormis la participation et la franchise. Dans un canton où 24% des assurés adultes ont choisi une franchise de 1500 francs par an, il y a cependant intérêt à connaître les nouvelles règles du jeu.
Dans la jungle de la nouvelle classification – 4500 prestations médicales répertoriées -, cette approche des soins et des réconforts prodigués montre en main est une disposition carrément révolutionnaire. Secrétaire général de la Société vaudoise de médecine, Pierre-André Repond ne cache pas qu’il faudra un certain temps d’adaptation de part et d’autre du stéthoscope ainsi qu’une sacrée dose de bon sens pour éviter des malentendus. Afin d’éviter les mauvaises surprises, les médecins vaudois joindront dès le mois prochain une note explicative à chacune de leurs factures.
Qualifié de «révolution industrielle» de la médecine, Tarmed traduit quasiment toutes les prestations en temps. L’unité est de cinq minutes. Pour la consultation de base – «Salutations d’arrivée et de départ comprises», précise le tarif -, ces cinq minutes valent invariablement et dans toute la Suisse 9,57 points médicaux, plus 8,19 points techniques (frais de cabinet, personnel, matériel), soit au total 17,76 points. Avec une valeur du point convenue à 92 centimes dans le canton de Vaud en janvier 2004, cela conduit à une facture de 16 fr. 33. Minimum absolu bien sûr, à multiplier par le nombre de tranches de cinq minutes et sous réserve d’actes spécifiques «hors trousse médicale» dûment tarifés par ailleurs.
La même approche au chronomètre vaut pour les consultations téléphoniques. Et là, personne n’a dit au médecin comment il devra s’y prendre lorsqu’en cours de consultation il décrochera son téléphone pour répondre à un second patient.
Va-t-il comptabiliser son travail en double ou en parallèle? Le bon sens commandera, tout comme il dictera sans doute une manière nouvelle de communiquer, brève mais chaleureuse, c’est-à-dire à la fois économique et satisfaisante pour toutes les parties en cause.
Effectuée à l’aide d’un médecin pour une consultation de grippe hélas courante en cette saison, la comparaison entre le système en fin de course et Tarmed paraît à première vue encourageante, du moins pour le patient. Alors qu’on débourserait actuellement 68 francs, la facture nouvelle formule ne dépasserait pas 57 fr. 20, compte tenu d’un bon quart d’heure de consultation.
Même découpage de cinq minutes et même tarif pour les déplacements. Ce qui n’est pas illogique dans la mesure où, lorsque le médecin est en route, il perd d’autres consultations possibles – sauf s’il en donne une par téléphone en se rendant au chevet d’un patient. Bref, plus question de noyer le temps utilisé pour le trajet dans l’ensemble de la facturation du cabinet médical.
Attention par ailleurs à l’intervention requise en urgence. Certes définie de manière plus restrictive,cette prestation est en effet surtaxée de 60 points en journée, sauf le dimanche, et de 120 points entre 19 heures et 22 heures ou durant la journée dominicale.
Enfin, Tarmed permet au médecin de facturer du temps qu’il consacre à un patient même en l’absence de celui-ci. Ce travail sur dossier lui est compté de la même manière qu’une consultation ordinaire, soit 16 fr. 33 les cinq minutes. Les mauvaises langues imaginent déjà les docteurs partant en vacances avec une montagne de dossiers sous le bras. On promet que des garde-fous ont été mis en place contre ce type d’abus. é
UTILE
Pour les curieux, l’intégrale de la tarification Tarmed est disponible sur le site www.santesuisse.ch, rubrique politique et droit.

