Ce sont les ménages qui paient toujours plus

Mercredi 21 janvier 2004
L’INVITÉE – CHRISTA CALPINI
Présidente de la Société vaudoise de pharmacie
L’Office fédéral de la statistique a publié, cet été, les conclusions d’une étude* fort intéressante de l’évolution et la répartition des coûts de la santé dans notre pays. De 1960 à 2000, la totalité des frais ont été analysés, qu’ils soient pris en charge ou non par l’assurance maladie (dentistes, hospitalisation, EMS, médicaments délivrés sur ordonnance ou non, consultations médicales…).
S’il est vrai que la part qui transite par les assureurs a fortement augmenté, force est de constater que les frais de santé n’ont pas explosé durant les dix dernières années, comme trop souvent on veut nous le faire croire. Les années 1990 à 2000 révèlent une progression annuelle moyenne par habitant de 4,1%, contre 8,4% pour les années 1960 à 1990.
L’introduction de la LAMal en 1996, et donc pour le citoyen suisse l’obligation légale d’être assuré contre la maladie, explique l’explosion des coûts à la charge de l’assurance de base. En 1960, seuls les trois quarts de la population étaient assurés et plus de la moitié des dépenses de santé étaient assumées par les malades.
Si certains estiment que l’obligation de s’assurer est une des causes de la cherté de nos primes, ils n’ont sans doute pas tort, mais la LAMal a instauré la solidarité entre malades et bien-portants, hommes et femmes, jeunes et personnes âgées. De plus, le catalogue des prestations remboursées est vaste et accessible à toute la population.
Si les assureurs assument une part toujours plus importante des coûts, leur position reste enviable par rapport à celle des ménages, dont la part au financement global a pris l’ascenseur, de 63,8% en 1960 à 68,1% en 2000. La part de l’Etat a, par contre, chuté de 31,4% en 1960 à 25,3% en l’an 2000. En d’autres termes, depuis quarante ans, les collectivités publiques (communes, cantons et Confédération) ont, en pourcentage, nettement diminué leur part de la facture totale. L’Etat est devenu moins social.
Les coûts globaux de la santé augmentent pour deux raisons: allongement de l’espérance de vie et accès pour tous aux nouvelles technologies médicales. Compte tenu du contexte, les frais de santé dans notre pays correspondent à une évolution normale proche de celle observée dans les pays voisins. La population accorde toujours plus d’importance non seulement à la qualité de vie en général, mais aussi à la qualité de la santé. Il s’agit là d’un choix de société et ce choix a un prix. Pour les êtres qui nous sont chers comme pour nous-mêmes, quand un problème de santé survient, nous voulons le meilleur et tout de suite: les soignants doivent être disponibles, à l’écoute, compétents et les traitements prescrits adéquats et efficaces. Croire que le montant de la facture peut baisser est illusoire: tout au plus pouvons-nous espérer en maîtriser l’évolution, en explorant différentes pistes.
D’une part, la responsabilisation du patientconsommateur peut être améliorée: la population, pour mieux gérer tout ce qui a trait aux coûts de la santé, doit être «instruite» pour faire les choix les plus pertinents. D’autre part, les citoyens doivent participer au débat pour savoir ce qu’ils sont prêts à dépenser pour restaurer et préserver leur santé et de quelle manière ils souhaitent que les charges soient réparties. Les décisions politiques doivent tenir compte des souhaits du peuple.
Les mesures de contraintes et d’exclusion – suppression du libre choix de son soignant, moratoires sur l’ouverture de nouveaux cabinets médicaux, obligation d’adhérer à un «réseau» dont on ignore la portée d’économie et de qualité – n’engendrent que rancoeur et frustration. Elles ouvrent aussi la porte à une médecine à deux vitesses dont personne ne veut. Les professionnels de la santé sont découragés par la pénibilité du travail liée non seulement aux mesures d’austérité, mais aussi au climat malsain dû au manque de confiance et de concertation entre les différents acteurs: assurés, soignants, assureurs, collectivités publiques et industrie pharmaceutique. Transparence, communication, éthique, responsabilisation et «chacun son métier» sont les mots clés pour éviter la guerre et la misère.
* 24 heures du 23 juillet 2003.

