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Grippe aviaire: l’OMS décrète l’état d’urgence

Mercredi 28 janvier 2004
Etienne Dubuis

L’Organisation mondiale de la santé a tiré mardi la sonnette d’alarme en compagnie d’autres institutions onusiennes: l’épidémie qui sévit, et se répand, depuis la mi-décembre en Extrême-Orient représente désormais, selon elle, «une grave menace mondiale pour la santé humaine». L’OMS appelle la communauté internationale à envoyer une aide financière substantielle aux pays sinistrés, seule façon d’encourager leurs paysans à tuer les bêtes malades avant que le fléau n’ait atteint des proportions incontrôlables. Le virus H5N1, à l’origine de la maladie, a muté à plusieurs reprises ces dernières années. Et beaucoup craignent qu’il ne devienne plus dangereux encore pour l’homme à l’occasion d’une de ses prochaines métamorphoses

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) n’y a pas été de main morte. Elle a lancé mardi des avertissements dramatiques à la communauté internationale dans l’espoir de la faire réagir à l’épidémie de grippe aviaire qui sévit, et se répand, depuis décembre en Extrême-Orient. «Il s’agit d’une grave menace mondiale pour la santé humaine», a estimé son directeur général Lee Jong-wook à Bangkok où doit se tenir ce mercredi une rencontre entre les pays concernés. Au même moment à Hanoi, le directeur du bureau du Pacifique-Ouest de l’organisation, le Dr Shigeru Omi, s’est montré plus alarmiste encore, en rappelant qu’il était «toujours possible que ce genre d’épidémie évolue vers une sérieuse pandémie mondiale, qui n’impliquerait pas seulement des centaines de personnes mais en tuerait des millions dans le monde.»

Le ton employé s’explique par le sentiment d’urgence qui prévaut désormais dans les milieux internationaux de la santé. C’est que le virus H5N1 continue à se répandre. Mardi, la Chine et le Laos ont à leur tour admis abriter des cas de maladie, ce qui porte à dix le nombre de pays officiellement affectés dans une région qui s’étend du Japon au Pakistan et de la Corée du Sud à l’Indonésie. Or, et c’est là le deuxième grand motif d’inquiétude, les intéressés tardent à adopter les mesures qui s’imposent en pareil cas. Tandis que les agriculteurs frappés par le fléau montrent une grande réticence à abattre leurs volailles, une bonne moitié des gouvernements concernés a volontairement ou non sous-estimé dans un premier temps l’épidémie. Afin de lever les réticences des uns et des autres, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et l’Office international des épizooties (OIE) se sont joints à l’OMS, mardi à Genève, pour demander à la communauté internationale d’aider les producteurs à compenser financièrement leurs pertes.

Il ne s’agirait pas seulement de générosité mais aussi d’intérêt bien compris. Car qui peut dire jusqu’où ira l’épidémie si tout n’est pas fait aujourd’hui pour l’arrêter? Et c’est là qu’intervient le Dr Omi. «Plus il y a de poulets infectés, plus il y a des risques de contamination à l’homme, a-t-il argumenté. Et plus il y a de contaminations à l’homme, plus il y a de risques que le virus acquiert le potentiel d’une transmission d’humain à humain.» Ce d’autant qu’un virus de grippe humaine H3N2, venant d’Europe et d’Amérique du Nord, s’approche en ce moment de l’Asie et que sa jonction avec H5N1 ouvrirait la voie à des mutations potentiellement dangereuses. «Nous disposons d’une occasion pour éliminer les risques, a déclaré mardi le directeur général de la FAO, Jacques Diouf. Mais il faut faire vite.»