Le premier ministre thaïlandais rejette l’aide de l’ONU

Mercredi 28 janvier 2004
Arnaud Dubus
Thaksin Shinawatra dirige l’Etat comme une entreprise. Et n’aime pas être contredit.
«Les Nations unies ne sont pas mon père.» Cette invective ambiguë révèle à la fois le style du premier ministre thaïlandais, Thaksin Shinawatra, tout en formules à l’emporte-pièce et en mouvements d’humeur, et son attitude vis-à-vis de la communauté internationale. Aucune personne physique ou morale, serait-ce l’organisation qui rassemble la quasi-totalité des Etats de la planète, n’a, à ses yeux, à donner des conseils sur la manière dont il gère le pays. Ce nationalisme étroit lui a fait rejeter «toute assistance internationale car la Thaïlande est désormais un pays développé». Un représentant de l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) à Bangkok a indiqué lundi que les offres d’envoi d’experts faites par l’organisation pour aider le pays n’avaient toujours pas reçu de réponse.
Ancien policier, puis homme d’affaires au succès phénoménal, Thaksin croit dans l’idéologie du PDG, du chef d’entreprise déterminé, qui tranche les problèmes les plus complexes de son jugement acéré, galvanise les bonnes volontés par son exemple et ne s’encombre pas des vétilles que sont l’équilibre des pouvoirs et le droit de contradiction. Il lui est arrivé de dire que «la démocratie n’était pas un but en soi», qu’il était anormal que des juges constitutionnels nommés puissent mettre en péril le pouvoir d’un politicien élu avec une large majorité ou encore que l’opposition trahissait la patrie en critiquant la politique de son gouvernement. Le premier ministre a placé des PDG-ambassadeurs dans les missions diplomatiques, des PDG-gouverneurs à la tête des provinces et des PDG-ministres pour diriger les grandes administrations. La dissimulation de l’épizootie de grippe du poulet illustre la faillite de ce système sans contre-pouvoir.
L’homme n’en conserve pas moins une étonnante popularité. Il souhaite rester pendant trois mandats au pouvoir (jusqu’en 2013) et estime que son parti gouvernera pour les deux décennies à venir. Son principal garde-fou, a-t-il confié lors d’une de ses émissions de radio hebdomadaire, est son épouse, la discrète femme d’affaires Potjamarn Shinawatra, qui lui remet de temps à autre les pieds sur terre.

