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Un phénomène nouveau et imprévisible

Mercredi 28 janvier 2004
Marie-Christine Petit-Pierre

Le virus H5N1 est connu depuis longtemps mais il a muté en 1997. Une première fois.

Du prion au virus de la grippe aviaire (H5N1) en passant par la fièvre Ebola et bien sûr le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS), ou le virus West Nile, ces dernières années ont montré que les animaux pouvaient transmettre certaines maladies à l’homme. Portrait de la dernière en date.

Qu’est-ce que le virus H5N1?
Son petit nom d’abord: H pour hémaglutinine et N pour neuraminidase, deux protéines de surface du virus. La première lui permet de s’attacher à la cellule hôte, la seconde d’en sortir. Les chiffres désignent leur type. Le virus H5N1 est connu depuis longtemps mais il a muté. «La première mutation a eu lieu en 1997, lors de l’épidémie de grippe aviaire de Hongkong. Douze personnes avaient été contaminées et six sont décédées, explique Werner Wunderli, directeur du Centre national Influenza à Genève. Fin 2002, il y a eu quelques cas en Chine et cette année le virus revient après une nouvelle mutation, particulièrement efficace. Car la maladie est très virulente chez les poulets.» La présence de foyers simultanés est également une caractéristique inquiétante de cette épidémie.

Comment le virus passe-t-il des volatiles aux humains?
«Chez les poulets, la contamination se fait par les fientes, c’est une maladie qui touche le tube digestif des animaux, explique Laurent Kaiser qui s’occupe des virus respiratoires à la division des maladies infectieuses de l’Hôpital cantonal de Genève (HUG). Selon leur type, les virus infectent les oiseaux, les porcs ou les hommes. Chaque espèce présente un récepteur spécifique sur lequel le virus peut s’accrocher. Habituellement, c’est le porc qui sert d’hôte intermédiaire car il a deux récepteurs. Mais le système n’est pas parfait et la barrière entre les espèces n’est pas absolue.» Pour l’instant, le virus H5N1 ne se transmet à l’homme qu’après une forte exposition.

Pourquoi les enfants sont-ils les principales victimes?
«C’est assez frappant, admet Laurent Kaiser. Nous n’avons que des hypothèses. Peut-être que leur système immunitaire est encore naïf. Ils n’ont pas été exposés à la grippe comme les adultes qui sont un peu plus protégés.» On peut aussi penser que les enfants jouent près des animaux et qu’ils sont proches du sol et des souillures.

Le virus H5N1 pourrait-il se combiner avec d’autres?
C’est la grande crainte des observateurs, qui craignent l’arrivée d’un virus grippal susceptible de provoquer une pandémie. «Le génome du virus de la grippe est segmenté, explique Luc Perrin, médecin adjoint à la division des maladies infectieuse des HUG. Si une personne grippée est contaminée par la grippe aviaire, il peut y avoir une combinaison des gènes entre les deux virus. Comme cela se passe dans des mégapoles où il y a une concentration humaine et animale jamais vue dans l’histoire de l’humanité, nous nous trouvons devant une niche épidémiologique inconnue.»

Existe-t-il un vaccin?
«Nous préconisons le vaccin contre la grippe humaine chez les personnes en contact avec la volaille pour des raisons professionnelles, explique Isabelle Nuttall, médecin au Département des maladies transmissibles de l’OMS. Ceci pour éviter une recombinaison des virus qui verrait l’émergence d’un tueur. Mais connaissant la faculté de ce virus à muter, nous devons être prêts à cette éventualité. Raison pour laquelle des équipes travaillent à un vaccin contre un virus combiné depuis le début de janvier.»