Un médecin réputé devant ses juges

vendredi 25 juin 2004
Le Parquet réclame deux ans et demi de réclusion pour ce praticien accusé d’inceste.
Le procès du médecin accusé d’inceste, de contrainte sexuelle et de violation du devoir d’assistance et d’éducation a repris, hier, devant la Cour correctionnelle (voir nos éditions du 18 juin). Le prévenu a admis qu’il n’était « ni un mari ni un père idéal ». On lui reproche d’avoir abusé de sa fille entre 1994 et 1999, date à laquelle il a quitté le domicile conjugal.
L’enfant a parlé pour la première fois de ces évènements au cours de sa psychothérapie. Une expertise a confirmé la crédibilité de ses propos.
Le père affirme, lui, qu’il est innocent. « La naissance de ma fille a été un bonheur pour tout le monde. Nous vivions des années heureuses dans un cadre familial normal. »
Il l’embrassait partout
Malgré ce bonheur, le couple faisait chambre à part. Et c’est durant ces nuits solitaires que le prévenu serait venu chercher la fillette pour la fourrer dans son lit. Selon elle, il la déshabillait et l’embrassait partout. Elle avait quatre ans, il pesait 100 kilos.
« Je n’ai jamais été la chercher, proteste le docteur X. mais elle venait parfois dans mon lit, lorsqu’elle n’arrivait pas à dormir. » La jeune fille a expliqué que son père lui caressait également le sexe durant la journée, son « tutu », comme il l’appelait. La mère a vu le geste une ou deux fois, mais elle n’a pas pensé à mal.
Comment imaginer cet homme respectueux et posé, répondant avec aisance aux questions des juges, faisant régner la terreur à la maison ? On lui reproche les coups de canne anglaise donnés à sa fille, les humiliations répétées sur ses deux enfants qu’il traitait de « cons ».
« Ce terme existe dans le dictionnaire, on peut donc l’utiliser, répond le prévenu. On peut traiter quelqu’un de con sans aucune méchanceté.
» D’ailleurs, les enfants répétaient aussi cette expression. » Il ajoute que son épouse, elle, le qualifiait de « gros tas ».
Une machination de son épouse
Le docteur X. affirme que toute cette affaire a été montée par sa femme « qui a un grand pouvoir de conviction et qui veut m’empêcher de refaire ma vie ».
Avocat de la partie civile, Me Barth rappelle cet étrange eczéma dont souffrait la jeune Agnès * entre les deux cuisses. Des années de traitement n’en sont pas venues à bout mais lorsque le prévenu a quitté la maison, il a disparu. L’avocat demande un verdict de culpabilité sans circonstances atténuantes.
Le curateur de l’adolescente, Me Droz, indique à la Cour que lorsqu’il a accepté ce mandat, il était loin d’imaginer la dimension que prendrait le dossier: « Je suis le porte-parole d’Agnès. Il est impossible d’exprimer sa douleur, mais je voudrais que sa personnalité et sa sincérité soient reconnues. J’accorde une crédibilité totale à ses déclarations. C’est une jeune fille extrêmement intelligente et fine. Je trouve blessant qu’on la réduise à une éponge qui aspire les paroles de sa mère. » Le curateur a constaté, au fil des années, que la thérapie produit des effets positifs. « Elle est plus présente, plus à l’aise dans ses relations … Je souhaite qu’elle puisse mener une vie normale, se marier et avoir des enfants. » Il demande 50 000 francs d’indemnités pour tort moral. La représentante du Parquet réclame deux ans et demi de réclusion.
A la défense, Me Assaël, secondé par Me Leuenberger, affirme qu’il a une seule certitude, dans ce dossier « celle du doute ». Il rappelle que dans un premier temps, le Parquet a classé la plainte pénale et « maintenant, il réclame deux ans et demi de réclusion, mais c’est la mort civile de cet homme !» Il détaille le « processus de contamination » qui aurait influencé Agnès: « Elle est maintenant piégée dans un mécanisme irréversible !» Il ajoute: « D’ailleurs 50% des dénonciations pour abus dans le cadre de divorces conflictuels sont faux. »
Et d’évoquer « le terrain instable » sur lequel repose cette affaire. Il demande l’acquittement du docteur X.
La Cour rendra son jugement vendredi prochain.
CATHERINE FOCAS

