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« Les médecins doivent revenir sur terre !»


lundi 29 juin 2004

PORTRAIT JACQUES DE HALLERIl prend la tête de la Fédération des médecins suisses

A 52 ans, ce généraliste entend donner un souffle nouveau à une profession « dont les jeunes praticiens devraient être fiers »

On ne sait pas si c’est à cause de l’Eurofoot, mais Jacques de Haller parle comme un entraîneur avant le match. « Il faut redonner le moral aux médecins ! martèle le Genevois, qui vient d’être élu à la tête de la FMH, la Fédération des médecins suisses. Bien sûr, la profession n’est plus comme avant. Mais je veux dire aux jeunes qu’elle vaut encore la peine, et pas seulement financièrement ! C’est un travail dont on peut être fier. »

A 52 ans, avec son envie de tout changer, Jacques de Haller fait presque figure de gamin insolent au sein de la FMH. Lors de l’élection, ses adversaires « étaient tous au comité central depuis plus de dix ans ». Au départ, le Genevois comptait faire comme eux et avancer prudemment. « Je voulais sentir un peu l’air de la maison. Mais le président a démissionné, on a dû organiser une élection en catastrophe. J’ai saisi l’occasion. »

Ce généraliste ne s’en cache pas, il aime la politique. Quitte à délaisser presque totalement son cabinet pour aller à Berne plancher sur des dossiers. « Je l’ai choisi, et ça fait plaisir !» Ses enfants, une fille de 26 ans et un garçon de 23 ans, volent de leurs propres ailes. Pas question pour autant de quitter Genève. Sa femme, Isabelle Graesslé, y est modératrice de la Compagnie des pasteurs. Depuis vingt et un ans, Jacques de Haller tient un cabinet dans le quartier de Plainpalais, « où les personnes âgées côtoient les immigrés. Dans la salle d’attente, c’est souvent assez animé !»

Pour « apporter un coup de vent à la FMH », il devra affronter deux écueils. Le premier est d’ordre psychologique. « Beaucoup de médecins ont gardé une vision du monde qui date. Ils doivent atterrir dans la réalité !» Conditions de travail plus difficiles, prestige en baisse, « l’image de soi des jeunes praticiens en prend un coup, surtout après plus de dix ans d’études ».

L’autre défi est politique: améliorer un système de financement de la santé « extrêmement mal fichu ». Jacques de Haller tentera de freiner la hausse des coûts, « mais si on croit qu’on va réduire le prix de la santé, on se fait des illusions ! L’espérance de vie et les capacités techniques de la médecine augmentent. La santé coûtera toujours plus cher. » Le nouveau président compte également modérer l’appétit des caisses maladie. « Elles veulent prendre le pouvoir. C’est leur droit, mais on ne va pas se laisser faire !»

Très motivé, Jacques de Haller se ressource en vacances. « J’en ai vraiment besoin chaque année. » Fraîchement élu, devra-t-il faire l’impasse cet été ? « Heureusement non, car j’y avais pensé avant ! J’ai déjà réservé, ce sera en Suisse. Mais, cette fois, plus question de se laisser aller au farniente intégral !»

Frédéric Julliard