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Comment économiser 20 millions pour les HUG ?


vendredi 2 juillet 2004

Les syndicats dénoncent des économies « sur le dos du personnel », la direction réfute.

Quelles seront les conséquences de l’amaigrissement du budget 2004 sur le fonctionnement des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG )? La qualité des soins est-elle remise en cause par l’amputation, par le Grand Conseil, de 20 millions sur l’enveloppe initiale ? « Pas du tout, affirme Bernard Gruson, directeur général des HUG. Nous explorons plusieurs pistes pour faire des économies, mais je m’engage à ne pas couper dans les prestations. » « Le personnel souffre déjà au jour le jour des conséquences de cette coupe budgétaire qui ne permet pas de combler le manque d’effectifs, affirme Manuela Cattani, secrétaire syndicale du Syndicat interprofessionnel des travailleurs (SIT). Quant aux files d’attentes aux Urgences, elles n’arrêtent pas d’augmenter. »

Accord remis en cause ?

La principale crainte des représentants du personnel est la « remise en cause » du protocole d’accord signé avec la direction en 2002. Ce texte prévoit notamment la création de 158 postes et des poussières en 2004. « Aucun de ces postes n’a vu le jour, affirme Manuela Cattani. On nous a toujours dit qu’ il fallait attendre que le budget du canton soit voté. Maintenant, nous exigeons que le protocole soit respecté au plus vite. Les travailleurs en ont besoin. » Coût annuel de cet accord ? 20 millions de francs.

La Commission des finances du parlement, quia recommandé la coupe, a cependant précisé: « Confiante dans la direction des HUG, la commission n’a pas souhaité lui donner d’orientation précise […] ni l’engagement des 170 nouveaux collaborateurs prévus au budget 2004, ni l’application de l’accord conclu avec le personnel n’ont été formellement remis en cause. »

Alors concrètement, comment les HUG vont-ils se passer de 20 millions dans un budget voté à l’unanimité du conseil d’administration ? « Sur plus de 1 milliard 300 milles francs, il y a toujours moyen de faire des économies avec une meilleure gestion », assure Bernard Gruson, qui évoque notamment la demande faite au Conseil national pour pouvoir acheter des médicaments à l’étranger, « afin d’économiser plusieurs millions par année. » Il se refuse par contre à parler des pistes explorées pour faire face au court terme. « Je les réserve au conseil d’administration qui se réunira en septembre », explique-t-il en refusant aussi de se prononcer sur l’accord avec le personnel. « Le conseil d’administration est la seule instance habilitée à le suspendre. »

Pour Pierre-François Unger, Conseiller d’Etat en charge de la Santé et président du conseil d’administration des HUG: « La priorité est de ne pas toucher aux prestations. Et si l’on ne peut pas respecter l’intégralité de l’accord, nous devrons tenter d’en garder le maximum. » En prenant acte de la décision du parlement, il s’ apprête à demander à Bernard Gruson de faire ses propositions d’économies.

Médecins également inquiets

Ainsi, la situation ne devrait pas évoluer avant septembre. « Avec le retard pris, ils ont déjà économisé 10 millions, lance Manuela Cattani. Et même s’ ils engagent, avec le temps que l’attribution des postes va prendre, on sera déjà à la fin de l’année et les20 millions de l’accord auront effectivement été économisés sur le dos du personnel. »

Du côté des médecins internes et des chefs de cliniques, quine sont pas compris dans les 158 postes, on est également inquiet. Eux, ont signé un accord portant sur la baisse progressive de leur temps de travail hebdomadaire. Cette année, nous ne devrions pas dépasser les 53 heures, explique le Dr Fabrice Dami, président de leur association. Or, nous accumulons déjà 40000 heures supplémentaires depuis le début de l’année académique. De plus, par loi, nous ne pourrons pas en effectuer plus de 50 par semaine dès l’année prochaine. » « J’ai une enveloppe prévue pour les médecins des services qui en ont réellement besoin, affirme Bernard Gruson. Mais d’autres équipes devront simplement faire des efforts de réorganisation. » Pour Fabrice Dami, par contre, ces restructurations ne suffiront pas.

GUSTAVO KUHN

Grève administrative aux HUG. Plus de 150 blouses blanches, sur les 800 à 1000 concernées ont envahi le parvis de l’Hôpital. Elles réclament une réévaluation de leur fonction.

Des médecins vont bloquer les factures jusqu’à nouvel ordre

Dénonçant un manque de reconnaissance, ils déclenchent la grève administrative.
Plus de 150 blouses blanches, sur les 800 à 1000 aux HUG ont mis leurs menaces à exécution. Ils ont débuté hier une « grève administrative ». Les patients n’y verront que du feu. La comptabilité hospitalière, elle, risque de trouver l’affaire saumâtre. Jusqu’ à ce qu’ ils obtiennent gain de cause, les grévistes rempliront factures et lettres de sortie, mais ne les transmettront plus aux services administratifs.

Le courroux des médecins trouve sa source dans la réévaluation de leur fonction, achevée fin 2003. Deux des cinq critères pris en compte, les efforts intellectuels et les niveaux de responsabilités, ont été jugés comparables à ceux des infirmières spécialisées. D’où une classe salariale inférieure à leurs souhaits, mais surtout une vexation.

Les toubibs ont fait opposition auprès de la Commission de recours en matière d’évaluation des fonctions (CREMEF) en début d’année. Depuis, ils attendent son rapport. Ne voyant rien venir, ils se fâchent. « Il s’ agit d’un déni de justice », tempête le Dr Fabrice Dami, président de l’Association des médecins d’institutions de Genève (AMIG). Plus qu’une affaire d’argent, les docteurs font de la remise du document de la CREMEF une question de principe. « L’an passé, nous avons refusé une augmentation de salaire comprise entre 600 et700 francs, rappelle Fabrice Dami. Nous réclamons la reconnaissance de notre travail. Nous ne contesterons d’ailleurs pas les conclusions de la Commission, pour autant qu’ elles soient motivées. Aujourd’hui, nous sommes en grève contre l’Etat, qui ne fait pas son travail. »

Heures supplémentaires

Les praticiens concernés, ont donc envahi à midi et demi le parvis de l’hôpital. « Nous ne ferons pas une grève au rabais, mais une action qui fera mal aux HUG », lance Fabrice Dami sous les vivats. Face aux menaces de rétorsions salariales, le président de l’AMIG se montre ferme. « Des retenues ne peuvent être décidées qu’ en cas de baisse des prestations. Or nous ne les diminuons pas. Si des sanctions étaient prises, alors nous reverrions nos prestations. Les factures ne seraient plus confisquées, nous ne les ferions simplement plus. »

Les 40000 heures supplémentaires accumulées par le petit millier de médecins entre octobre 2003 et mars 2004 participent à l’échauffement des esprits. « Bernard Gruson, directeur général des HUG, a affirmé qu’ il ne les paierait pas. Si la situation n’évolue pas, nous nous acheminons vers un clash enfin d’année », prévient Fabrice Dami.

Grève jusqu’en septembre ?

Le président de l’AMIG assure cependant que seule la reddition du rapport de la CREMEF déterminera la fin des hostilités administratives.

La Commission a auditionné les médecins le 29juin. « Preuve que le préavis de grève déposé le 21 juin a permis de nous faire entendre. » Le rapport, selon ses informations, pourrait être achevé fin juillet. « Mais s’il doit être validé par le Conseil d’Etat avant de nous être remis, les délaisseront repoussés à septembre. » La fronde pourrait donc bien s’ étaler jusqu’ à l’automne.

« Je pense qu’une volonté politique de ne pas augmenter les salaires se cache derrière le blocage de ce dossier », soupçonne un médecin sous l’anonymat. Raison pour laquelle les grévistes se déclarent « solidaires avec les revendications des fonctionnaires ».

JÉRÔME FAAS