« MON HÔPITAL POURRAIT COÛTER MOINS CHER !»

jeudi 8 juillet 2004
BERNARD GRUSON Face aux restrictions budgétaires, le big boss des HUG affirme que l’on pourrait faire encore mieux
GENÈVE Le directeur de l’Hôpital cantonal réaffirme qu’il pourrait économiser 100 millions de francs s’il avait les mains libres. Malgré des moyens financiers revus à la baisse et un personnel exténué, il estime que la qualité des soins n’est pas en danger
On lui retire 20 millions de francs, mais il ne bronche pas. Provocateur, Bernard Gruson affirme même être en mesure d’en économiser 100, pour autant qu’on lui laisse les mains libres. Directeur des Hôpitaux universitaires genevois (HUG) depuis 1999, il a démontré sa capacité à réduire les charges, notamment par le biais d’une meilleure collaboration avec le CHUV de Lausanne. Aujourd’hui, ce quinquagénaire d’origine belge doit faire face à des médecins qui se plaignent de leur statut et des heures supplémentaires qu’ils effectuent. Doit-on craindre une erreur médicale ? Bernard Gruson rappelle que la Suisse est championne d’Europe en matière de santé.
– Comment allez-vous faire avec les mesures d’austérité financière imposées par le Grand Conseil ?
– Nous allons mettre en suspens les engagements dans le secteur administratif. Le but, c’est de ne rien diminuer dans le domaine médico-soignant.
– Vous prétendez même pouvoir économiser 100 millions de francs. Lorsqu’on voit à quelles conditions (lire encadré), votre affirmation ressemble à un coup de pub …
– J’en ai simplement assez d’entendre dire que les HUG sont coûteux. Ceux qui l’affirment en sont souvent les responsables. Je voulais juste expliquer pourquoi cela coûte cher et relever que, paradoxalement, cela pourrait coûter moins cher … Il suffirait d’une volonté politique.
– On vous coupe les vivres, votre personnel se dit surmené. Ne craignezvous pas les erreurs médicales ?
– Aucun pays en Europe ne dispose des mêmes moyens que la Suisse en matière de santé publique. On ne peut jamais nier le risque d’un accident, mais les patients ne sont pas en danger ! Si j’avais un conseil à leur donner, ce serait plutôt de bien surveiller leurs médicaments. Les erreurs de distribution, de conditionnement ou de prescription, ce sont les premiers risques qu’ils courent dans un hôpital, sans lien avec les heures supplémentaires du personnel. – Lorsqu’on en voit le nombre accumulé, on se demande toutefois s’il ne serait pas urgent de renforcer les effectifs.
– La situation est plus complexe que cela. Nous sommes en face d’une pénurie de médecins dans certains domaines tels que la gériatrie ou la psychiatrie. Et il faut savoir que le problème des heures supplémentaires est en grande partie dû au fait que certains chefs de service se révèlent incapables de gérer un planning. Nous n’allons pas donner encore plus de moyens à ceux qui ne font aucun effort pour supprimer les doublons ou les gardes inutiles ! Il faut en effet relever que les efforts entrepris par certains chefs ont permis de passer d’un total de 5 millions de francs (n. d. l. r .: environ 60 000 heures supplémentaires) en 2002 à 1,8 million actuellement.
– Cela ne résoudra toutefois pas le manque de reconnaissance dont vos médecins sont victimes. Que pouvezvous faire sur ce plan ?
– La profession est démotivée, car elle est de moins en moins considérée. Avec l’hypertechnologie, les patients ont vu grandir leurs espoirs. Cela rend la déception encore plus dure, et c’est au médecin que vont les reproches. Si cela continue, on va le payer très cher. La preuve, c’est que nous rencontrons déjà des difficultés de recrutement dans certains services. La seule manière de remettre les choses à leur place, c’est d’expliquer à la population que la première clé de la santé, c’est de se prendre en charge soi-même. C’est ce que nous faisons par le biais de la lutte contre le tabagisme ou les maladies cardio-vasculaires. Il faut que les gens cessent de croire que la médecine est devenue toute-puissante.
Textes: Michel Jeanneret
Olivier Vogelsang
LA « MÉTHODE GRUSON » POUR ÉCONOMISER 10% DU BUDGET
Bernard Gruson affirmait en juin dans le magazine Bilan qu’il serait en mesure de réaliser 100 millions de francs d’économie, soit 10% du budget des Hôpitaux universitaires de Genève. Le directeur revient sur plusieurs pistes.
ACHATS DE MÉDICAMENTS
Les HUG pourraient épargner 5 millions, s’ils avaient la possibilité de les acheter à l’étranger. Problème: Un changement de la loi sur les produits thérapeutiques serait nécessaire.
ACHATS DE MATÉRIEL Même mesure que pour les médicaments. Problème: Cette fois-ci, la loi sur le matériel médical devrait être revue.
REGROUPEMENTS Davantage de techniques très pointues – telles que la transplantation cardiaque – devraient être regroupées dans certains hôpitaux universitaires, même au-delà du CHUV. Cela permettrait également aux médecins de traiter plus de cas et d’accumuler du savoir-faire. Problème: Il manque la volonté politique des cantons.
DÉLÉGUER LES TÂCHES Il s’agirait de sous-traiter une plus grande partie de l’intendance – par exemple certains nettoyages – à des entreprises privées.
Directeur du CHUV solidaire
Directeur du CHUV, Bernard Decrauzat est également confronté à des mesures d’économie. Sans aller jusqu’à préconiser des achats de médicaments à l’étranger, il aimerait pouvoir en négocier les prix. « Avec la loi sur les produits thérapeutiques, le prix des médicaments a augmenté de 25% entre 2001 et 2002. Et 15% de cette hausse sont liés au fait que l’on ne peut plus négocier des rabais. » Le gestionnaire souligne aussi que les hôpitaux devraient encore intensifier l’emploi des médicaments génériques.
Janine Jousson

