Des efforts pour une médecine de qualité

jeudi 8 juillet 2004
EDITORIAL
Economiser pour améliorer. C’est ce que propose le directeur des Hôpitaux universitaires genevois (HUG), Bernard Gruson. A contre-courant des lois, son coup de gueule – il estime qu’il pourrait épargner 10% de son budget s’il avait les mains libres – n’est pourtant pas dénué d’intérêt. Même si ses propositions sont légalement irréalisables et suscitent nombre de craintes populaires, elles préfigurent ce que sera inévitablement la médecine de demain.
Bernard Gruson plaide pour le regroupement de certaines activités de pointe, entre autres avec le CHUV de Lausanne. Une telle démarche réduirait les frais, tout en créant les pôles de compétence qui font défaut à la Suisse. Car si le secteur de la santé y dispose de moyens colossaux, ses médecins sont loin d’être les meilleurs. Et pour cause, répartis dans tout le pays, ils ne pratiquent pas assez. Une fusion – comme le prévoyait le Réseau hospitalo-universitaire de Suisse orientale, refusé par les Genevois en 1998 – demanderait aux patients de faire l’effort de se déplacer plus loin de leur lieu de résidence pour être soignés. Il coûterait un certain nombre d’emplois. Mais ce sera peut-être le prix à payer pour une médecine de qualité.
Bernard Gruson préconise également l’achat de médicaments à l’étranger. Le directeur des HUG sait bien que sa proposition s’oppose à la loi sur les produits thérapeutiques. Mais sa démarche démontre l’effet protectionniste d’un texte légal qui induit à lui seul, selon M. Gruson, 5 millions de francs de dépenses supplémentaires pour les HUG. Une somme crédible, puisque l’Office fédéral de la santé publique avait estimé jadis que les importations parallèles de médicaments permettraient d’économiser quelque 300 millions de francs. Aujourd’hui, pourtant, cette manne potentielle profite à une industrie pharmaceutique qui est loin d’être à plaindre.
Michel Jeanneret

