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Les spécialistes de la lutte contre le sida à Beaulieu


Vendredi 27 août 2004

MÉDECINE Un congrès scientifique mondial va faire le point, dès lundi à Lausanne, sur la recherche d’un vaccin contre le virus VIH.

Près de 800 scientifiques vont se retrouver dès le début de la semaine prochaine au Palais de Beaulieu. Leur objectif commun: trouver le plus rapidement possible un ou des vaccins pour contrer la progression du sida. Ces chercheurs sont groupés sous la bannière d’ « AIDS Vaccine 2004 », le nom du congrès mondial organisé du 30 août au 1 er septembre à Lausanne, par un comité local que préside le professeur lausannois Giuseppe Pantaleo (CHUV-Université de Lausanne).

Evénement d’importance

L’événement ne passera pas inaperçu: le conseiller fédéral Pascal Couchepin, ministre en charge de la recherche, et le Prix Nobel suisse de médecine Rolf Zinkernagel, notamment, participeront lundi à la journée d’ouverture d’ « AIDS Vaccine 2004 ».

C’est la première fois qu’une manifestation de cette ampleur a lieu en Europe, selon Giuseppe Pantaleo, l’un des spécialistes mondialement reconnus du virus VIH. « Je trouve qu’avec environ 800 personnes annoncées, dont des responsables d’organisations d’envergure mondiale, nous avons une affluence remarquable, un mois à peine après la réunion mondiale de Bangkok, confie le professeur lausannois. Je constate, et c’est encourageant, que les congrès scientifiques sur ce thème ont pris ces dernières années de plus en plus d’importance. »

Conditions favorables à Lausanne

Il explique qu’en raison du coût encore trop élevé des traitements antirétroviraux disponibles, la découverte éventuelle d’un vaccin est cruciale pour stopper la progression de la pandémie (lire l’interview express). Les derniers chiffres disponibles (ONUSIDA, paru en juillet) font état de 3 millions de décès dans le monde, le nombre de personnes vivant avec le virus ayant progressé de 35 à 38 millions entre 2001 et 2003.

Quant au choix du chef-lieu vaudois pour héberger la conférence internationale, Giuseppe Pantaleo rappelle que Lausanne offre depuis quelques années des conditions très favorables à la recherche. « Le Centre hospitalier et universitaire vaudois (CHUV), en particulier, a mis à notre disposition des infrastructures optimales, affirme Giuseppe Pantaleo. Ainsi, récemment, nous avons pu débuter des tests préliminaires sur un candidat-vaccin, simultanément à Lausanne et à Londres. » Les résultats se sont avérés prometteurs (24 heures du 7 juin).

JÉRÔME DUCRET

Les recherches d’un vaccin contre le sida avancent, notamment à Lausanne où des premiers tests ont été menés récemment. Pendant trois jours, la capitale vaudoise deviendra également la capitale de la lutte contre le virus. Philippe Maeder

INTERVIEW EXPRESS du professeur Giuseppe Pantaleo, président du Congrès international sur le sida.

« Trois ou quatre candidats-vaccins sérieux »

— Qu’attendez-vous de cette rencontre mondiale, quel est son but ?

— Il est important d’avoir des informations sur l’état de développement clinique de certains candidatsvaccins contre le sida. La conférence va permettre d’identifier ceux qui ont le plus de chances d’avancer rapidement vers des essais cliniques à plus large échelle, donc vers un produit qui mérite, un jour, le nom de vaccin. Nous voulons aussi arriver à la fin de cette rencontre avec un engagement de la part des responsables des différents programmes de recherche, publics comme privés, à collaborer de manière active entre eux. Il sera intéressant d’entendre ce que dira le représentant américain. L’investissement de ce pays représente plus de 80% du budget de la recherche dans ce domaine.

— Combien de candidatsvaccins sérieux existe-t-il actuellement, à votre connaissance ?

— Au niveau mondial, je dirais qu’il y en a trois ou quatre pour l’instant, dont un en Suisse, prétesté sur une vingtaine de volontaires. C’est encore très peu statistiquement. Je pense que d’ici quatre à cinq ans, on aura une réponse à la question: y a-t-il dans ces candidats un produit faisant preuve d’un certain niveau d’efficacité, mesurable sur des milliers de volontaires. Il y a urgence. L’épidémie continue à se répandre, surtout dans les pays émergents. Même si l’on baisse considérablement le prix des thérapies existantes, qui sont efficaces, ce sera toujours qu’un faible pourcentage des populations malades de ces pays qui pourront y avoir accès. Un vaccin représente donc la meilleure solution.

— Que pensez-vous de la participation du conseiller fédéral Pascal Couchepin ?

— J’espère que cela signifie un engagement moral de la Suisse. Je ne serais pas réaliste en m’attendant à ce que des sommes importantes soient subitement ajoutées pour ce genre de recherche. Mais cela démontre une sensibilité suisse au problème.

J. Du.
Laurent de Senarclens