« Je n’aime pas tourner la page »

Lundi 30 août 2004
JEAN-PIERRE GUIGNARD Néphrologie pédiatrique.
Récemment, dans 24 heures, il fut qualifié par un de ses confrères de « père de la néphrologie pédiatrique moderne ». C’est vrai que le Vaudois Jean-Pierre Guignard, professeur et médecin-chef au service de pédiatrie du CHUV, s’est fait un nom dans le monde entier comme spécialiste du rein du nouveau-né.
« Je n’ai jamais aimé tourner la page », dit-il à la veille de son départ, préoccupé par sa succession et la pérennité du Laboratoire de néphrologie qu’il a contribué à mettre sur pied avec son patron d’alors, l’éminent Emile Gautier. « Nous avons des projets en cours au plan international, et je souhaite qu’ils puissent continuer. » Lui-même compte encore faire la synthèse de certaines recherches.
Fils d’une famille de paysans de Lignerolle, Jean-Pierre a toujours su qu’il voulait faire médecine. Admiratif du professeur de pharmacologie Georges Peters, il choisit de faire sa thèse avec lui. « Je me suis intéressé à la physio-pathologie: comment les maladies arrivent et perturbent le fonctionnement normal. »
Jeune chercheur, il a envie de respirer l’air du large. C’est d’abord à Londres, puis à Vancouver et Montréal qu’il se spécialise en néphrologie. Mais à Lausanne, le professeur Gautier veut faire de lui un néphrologue pédiatrique. Il l’envoie alors encore à Mexico pour se former. Retour en 1972.
Avec son patron et un néo-natologue espagnol, ils créent le Laboratoire de néphrologie. Nommé professeur en 1979, Jean-Pierre Guignard a publié d’innombrables travaux au retentissement international, initié des études avec des nouveau-nés suivis jusqu’à l’âge adulte, organisé des congrès.
La reconnaissance de la Faculté « pour son engagement constant en faveur de la justice sociale » lui fait aussi particulièrement plaisir. Car cet ex du Mouvement démocratique des étudiants fut aussi un militant de gauche. Pour le désarmement, contre la guerre chimique et biologique. Engagé au sein de la Centrale sanitaire suisse, il s’est souvent rendu dans des hôpitaux au Vietnam.
« Je suis triste d’arriver au bout mais je me console car je vais poursuivre l’enseignement pédiatrique dans le cadre de séminaires privés. » Jean-Pierre Guignard compte aussi gratter la guitare (il en jouait autrefois), qu’il a reçue comme cadeau de départ !
F. Bg

