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Une « fourmi » à la Santé genevoise


Samedi 28 août 2004

Ce n’est pas un homme du sérail qui vient de succéder à Annie Mino à la tête de la Santé genevoise et sa nomination n’aura vraisemblablement pas fait que des heureux … Mais Jean-Marc Guinchard (50 ans) a du doigté et il saura s’en servir pour convaincre.

« Je vais tenter de faciliter la tâche de ceux avec qui je travaille plutôt que de la leur compliquer », annonce ainsi le nouveau directeur, en fonctions depuis le 1er août, après s’être préalablement familiarisé avec la Fonction publique en passant sept mois au secrétariat général du Département de l’action sociale et de la santé (DASS). Pour tenir cette conciliante promesse, ce Fribourgeois d’origine compte sur ses solides liens avec le privé. Débarqué à Genève un jour de bise noire, le 1er décembre 1980, Jean-Marc Guinchard a travaillé treize ans comme juriste aux Syndicats patronaux, avant de reprendre les rênes de l’Association des médecins de Genève (AMG) où il restera dix ans. Vingt-trois ans de proximité avec des patrons, ça vous campe un homme ! Jean-Marc Guinchard n’en est pas moins une personne de cœur et il se réjouit d’œuvrer à présent pour le service public où il a déjà eu l’occasion d’apprécier les compétences et la disponibilité des collaborateurs du département.

Même si ce haut gradé à l’armée — « elle tient une part importante dans ma vie » — droit et attaché à des valeurs comme l’amitié, ne cache pas qu’il a été désigné pour faire face aux sérieux problèmes budgétaires: « On devra effectuer des coupes, ce n’est pas un début d’activité des plus agréables, mais j’assumerai mes responsabilités. »

Jean-Marc Guinchard se donne toutefois trois mois pour achever sa période d’observation, avant d’agir. « Beaucoup d’associations font un travail formidable dans des secteurs très sensibles comme la prévention du sida, de l’alcool, de la toxicomanie et autres dépendances. Il faudra prioritairement mettre sur pied des critères éthiques pour nous aider à trancher, car on ne pourra pas tout conserver », explique celui qui n’a pas la réputation d’être dépensier.

Alors … une « fourmi » appelée à la rescousse par le patron du DASS, Pierre-François Unger, dans le seul but de faire des économies ? « Non, ce sont ses excellentes compétences humaines, ses grandes connaissances des dossiers, tels le Tarmed et l’assurance-maladie, mais aussi sa sensibilité du monde médical genevois, son sens du partage et l’envie de travailler en équipe qui m’ont séduit », riposte le magistrat démocrate-chrétien.

Une chose est sûre, le nouveau responsable de la Santé aura bien besoin de toutes ces qualités, perçues par son supérieur, avec qui il « se sent en parfaite harmonie », pour relever le défi. Police sanitaire, prévention et promotion, maladies transmissibles, volet juridique avec droits de pratique et conseils aux professionnels, service du pharmacien cantonal et de la protection de la consommation, sans oublier les trois délégués qui ont remplacé le médecin cantonal: la tâche s’annonce dense ! Parmi les dossiers présents, Jean-Marc Guinchard évoque la nouvelle loi sanitaire acceptée par le Conseil d’Etat et bientôt soumise au parlement. « Une vraie mise en ordre, avec passablement d’innovations au niveau des droits des patients et des professionnels, mais aussi la création d’un bureau — organe de tri — rattaché à la commission de surveillance, avec possibilité de médiations. » Et voilà un autre trait de caractère qui apparaît: syndicaliste à la base, Jean-Marc Guinchard est d’abord un homme de négociation. Parfois « il faut toutefois savoir trancher net », reconnaît celui qui n’a souvent pas hésité à sortir les crocs contre les assureurs …

Susceptible et très mauvais perdant, piquant des crises même au Monopoly, il promet à l’avenir de mettre son tempérament combatif au profit de la santé de la population, en s’attaquant notamment à la cigarette et aux excès d’alcool. Passionné de course à pied — faisant régulièrement l’Escalade, le Demi de Jussy et Morat-Fribourg — et de balades en montagne, Jean-Marc Guinchard espère aussi pouvoir développer la mobilité genevoise: « Durant quarante minutes par jour, les gens doivent trouver les moyens d’augmenter leur rythme cardiaque. Ils peuvent y parvenir simplement en marchant ou en montant les escaliers. »

Très attaché à son Fribourg natal, où il rentre régulièrement, et à sa famille, Jean-Marc Guinchard a, en outre, un vrai péché mignon: la fondue. Il admet être capable d’en savourer une tout seul, été comme hiver. « Une moitié-moitié ou une 100 % vacherin, mais pas question d’y plonger des bolets ou de la tomate », précise ce puriste, littéralement « en manque » lors de voyages exotiques où il ne trouve pas de fromage.

Cela n’empêche pourtant pas Jean-Marc Guinchard de porter son regard au-delà des Préalpes fribourgeoises qu’ il aime tant. De préférence en Asie du Sud-Est, sa destination favorite.

LAURENCE BÉZAGUET