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Permanence pour soulager la détresse

LA PRESSE RIVIERA-CHABLAIS
Mardi 31 août 2004

Genève disposera à la rentrée d’une cellule d’intervention chargée d’assister les personnes en situation de détresse sociale la nuit et le week-end. Calquée sur le modèle du « SAMU social » parisien, cette structure constituera une première du genre en Suisse.

L’Unité mobile d’urgences sociales (UMUS) va démarrer ses activités le 1 octobre. Elle occupera une dizaine de travailleurs sociaux et d’infirmiers pour l’équivalent de 6,6 postes. Par tandems formés d’un professionnel de chaque domaine, les équipes répondront aux situations de crise sociale en dehors des heures ouvrables.

Le besoin d’une telle prestation a été identifié de longue date. « Les appels au secours ne s’arrêtent pas après les heures de bureau », explique Eric Etienne, directeur adjoint à la Direction cantonale de l’aide sociale. La nuit est même le moment où la détresse a tendance à se manifester le plus.

CENTRES D’ALARME SURCHARGÉS

Actuellement, les personnes qui se sentent seules ou affrontent un conflit familial ou d’autres problèmes psycho-sociaux s’adressent par défaut aux centres d’alarme de la police, des pompiers et des urgences médicales. Avec l’inconvénient de bloquer des lignes avec des demandes auxquelles ces services n’offrent pas de réponse adaptée.

Pour les policiers, pompiers et ambulanciers, qui travailleront en étroite collaboration avec la nouvelle structure, l’unité UMUS représente donc une bouffée d’air. Comme celle-ci n’offrira pas de ligne directe pour le grand public, il reviendra à ces différents services d’urgence d’aiguiller les appels en question vers l’UMUS.

L’unité mobile ne représente pas un nouveau service social, souligne M. Etienne. Elle est rattachée à la Fondation des services d’aide et de soins à domicile (FSASD) dont elle utilisera les structures. Les infirmiers de l’UMUS ont d’ailleurs été recrutés au sein de cette fondation de droit privé surtout financée par des fonds publics.

MODÈLE PARISIEN

La cellule aura pour mission de prendre le relais des services sociaux existants hors des heures ouvrables et d’orienter si nécessaire la personne vers la structure adaptée à son besoin, en accompagnant par exemple une femme battue vers un hébergement d’urgence. Mais les collaborateurs ne feront aucun suivi des cas.

Une large part d’inconnu subsiste quant au nombre et au type d’interventions que les travailleurs sociaux et infirmiers de l’UMUS auront à accomplir, souligne Giorgina Mary, la responsable de l’unité. Pour les équipes qui se relaieront, il s’agira d’opérer un tri entre les demandes d’aide en fonction des priorités.

Dans son principe, l’unité a été inspirée du « SAMU social » créé en 1993 à Paris par Jacques Chirac, alors maire, et le docteur Xavier Emmanuelli, cofondateur de Médecins sans frontières. Depuis, l’idée a déjà été reprise dans plusieurs villes françaises. « SAMU » est l’appellation en France pour les urgences médicales (Services d’aide médicale urgente).

INTÉRÊT DES PROFESSIONNELS

Lors de la formation qu’ils suivront en août et en septembre, les collaborateurs de l’UMUS se rendront d’ailleurs à Paris pour suivre des équipes du SAMU social pendant deux ou trois jours. A Genève, ils visiteront les institutions partenaires, comme les foyers d’hébergement, les permanences de la police et des pompiers ou l’Hospice général.

Les infirmiers et travailleurs sociaux de la nouvelle unité sont déjà tous des professionnels aguerris, relève M Mary. Ils doivent s’attendre à être confrontés à des situations délicates, voire porteuses de danger, raison pour laquelle ils interviendront toujours par équipe de deux personnes.

Malgré ou peut-être grâce à cet aspect aventureux, l’intérêt pour ce défi professionnel n’a pas manqué lors du recrutement. « Nous nous attendions à recevoir une quinzaine de candidatures, nous en avons reçu plus de 120 », précise Eric Etienne.

Mathieu Cupelin, ats

« Les appels au secours ne s’arrêtent pas après les heures de bureau », d’où la nécessité d’un tel service. Keystone / Trezzini

Centrale d’alarme déchargée

La police genevoise attend avec impatience de voir l’Unité mobile d’urgences sociales (UMUS) entrer en action. Aujourd’hui, le fameux numéro 117 est surchargé par des appels de détresse à caractère social qui pourront bientôt être acheminés vers la nouvelle structure.

Plus des trois quarts des appels à la Centrale d’engagement et de coordination des alarmes (CECAL) de la police ne nécessitent pas une intervention policière d’urgence, estime Christophe Zawadsky. Porte-parole de la police genevoise, M. Zawadsky a lui-même travaillé deux ans pour cette permanence téléphonique.

« Nous recevons chaque jour des dizaines d’appels de personnes qui se sentent seules, qui souffrent de petits bobos ou qui ont des problèmes conjugaux ou d’alcoolisme. » Or « le policier n’est pas un assistant social », fait observer M. Zawadsky. Les opérateurs de la CECAL n’ont ni le temps ni la formation adéquate pour leur répondre.

Sur l’ensemble des 260 appels en moyenne reçus chaque jour par les numéros d’urgence 112 et 117 à Genève, peut-être un quart vient de personnes en détresse sociale, évalue le policier. Pour les gendarmes, ce type d’appels au secours entraînent aussi au quotidien une quinzaine d’interventions sur place, souvent pendant la nuit.

(ats)

Pour les policiers, pompiers et ambulanciers surchargés, l’unité UMUS représente une bouffée d’air. Keystone / Trezzini