Un vaccin contre le sida ? Dans dix ans peut-être

Mardi 31 août 2004
Le congrès AIDS Vaccine 2004 lance un appel à la collaboration internationale.
Pour ce qu’ ils considèrent comme l’un des plus grands défis scientifiques du XXI e siècle — la mise au point d’un vaccin contre le sida — les quelque 800 scientifiques du monde entier réunis depuis hier à Beaulieu, à Lausanne, pour le congrès AIDS Vaccine 2004 ont lancé un appel à la transparence, la collaboration et la coopération internationale. Elles seules permettront de surmonter les obstacles, essentiellement scientifiques, auxquels sont confrontés les chercheurs. A quand le permier vaccin ? Dans dix ans peut-être. « Ce sera très long », a averti le professeur zurichois Rolf Zinkernagel, colauréat du Prix Nobel de médecine en 1996.
« Il en va de notre responsabilité, nous la communauté internationale, de nous mettre d’accord sur les meilleurs candidats vaccins qui seront testés dans les pays en développement, là où se trouvent 95% des personnes touchées par le sida », a insisté hier le Dr Michel Kazatchkine, directeur de l’A gence nationale de recherches sur le sida (ANRS) en France. D’où la nécessité d’établir partout les mêmes techniques d’évaluation des tests et de constituer des centres de recherches sur les vaccins.
Le professeur italo-lausannois Giuseppe Pantaleo, professeur au CHUV et président du congrès, a ouvert hier les travaux. Devant le conseiller fédéral Pascal Couchepin, il a appelé de ses vœux le soutien accru de la Suisse en faveur de la recherche d’un vaccin. Pascal Couchepin a de son côté prié les chercheurs de ne pas négliger des questions cruciales comme celles de l’accès au vaccin le jour venu et de son financement.
Pour ce qui est de la recherche, on estime qu’ il faut un milliard d’euros (un milliard et demi de francs) par an (10 à 15 milliards d’euros pour les dix ans à venir).
Tandis que les Etats-U nis y consacreront 538 millions de dollars en 2005, l’E urope ne dépensera que 150 millions de dollars. « Pourtant le niveau des chercheurs européens est très bon. L’U nion européenne n’a pas pris conscience, comme les Etats-U nis, de l’importance de la recherche fondamentale », a dénoncé le Français Michel Kazatchkine.
Pour l’heure, les chercheurs ne disposent pas d’un modèle de destruction totale du virus (aucune personne infectée n’est parvenue à s’ en débarrasser) mais seulement d’un modèle de maîtrise du virus (certains patients arrivent à maintenir une charge virale très basse, donc ne tombent pas malades). Les candidats vaccins, une trentaine aujourd’hui (contre sept en 2001), cherchent pour la plupart à imiter cette situation, en induisant une réponse immunitaire renforcée. « Les premiers vaccins ne protégeront pas contre l’infection. Mais s’ ils parviennent déjà à l’entraver et à retarder la maladie, c’est énorme », ont affirmé les chercheurs.
FRANCINE BRUNSCHWIG
« L’un des grands défis du XXI e siècle »
Le Dr Anthony Fauci, directeur de l’I nstitut national des maladies allergiques et infectieuses (NIAID) auprès de l’I nstitut national de la santé des Etats-Unis (NIH), principal conseiller de la Maison-B lanche et du Ministère américain de la santé pour la lutte contre le sida, répond à nos questions.
Pourquoi la mise au point d’ un vaccin contre le virus du sida se révèle-t-elle si difficile ?
–A cause de la nature du virus. Il agit comme aucun autre. Le corps et son système immunitaire viennent à bout de la plupart des virus. Rien de tel dans le cas du sida. Pour des raisons non complètement élucidées, le virus VIH ne peut pas être éliminé. Il pénètre à l’intérieur du génome de la cellule, se cache et échappe à la surveillance habituelle. De plus, il mute très rapidement et change sans arrêt.
Peut-on dire que les chercheurs se trouvent confrontés au plus grand défi scientifque du XX e siècle ?
– Oui. Sur le plan médical et biologique, la découverte d’un vaccin efficace constitue l’un des plus grands défis du siècle.
A-t-on déjà testé l’efficacité d’ un candidat vaccin sur des êtres humains ?
– Une fois et ce fut un échec. Testé sur des milliers de volontaires aux Etats-U nis et en Thaïlande, le vaccin de la compagnie californienne Vax Gen n’est pas parvenu a protéger contre une infection. Actuellement 30 candidats vaccins font l’objet de recherches et de tests dans le monde. Un seul, en Thaïlande, a amorcé la phase III, c’est-à-dire le test d’efficacité sur des humains.
Vous dirigez le NIAID depuis 1984. Le soutien à la recherche contre le sida a-t-il varié sous les différentes administrations ?
– Non, il y a une continuité. Alors que Bill Clinton a soutenu la création du premier Centre de recherche sur les vaccins, George Bush a donné l’impulsion pour qu’un second centre du même type soit créé aux Etats-U nis. Le soutien de l’administration Bush est très important. En 2002, 500 millions de dollars ont été alloués à la prévention de la transmission du virus mère-enfant en Afrique et dans les Caraïbes. Et l’an dernier, ce sont 15 milliards de dollars sur cinq ans qui ont été attribués au plan d’urgence contre le sida dans le monde. Sans parler des budgets pour la recherche.

