Les cocoricos déplacés de Couchepin

Mercredi 29 septembre 2004
La semaine dernière, Pascal Couchepin se félicitait bruyamment lors du débat parlementaire sur l’assurance maladie. Pour la seconde année consécutive, la hausse des primes sera maintenue en 2005 autour de 4%. Ce ralentissement des augmentations n’est – bien sûr – qu’un exercice d’illusionniste. Comme en 2004, on prendra dans la poche gauche du citoyen ce qu’ on lui laisse dans la droite. Les recettes sont toujours les mêmes: on augmente soit la quote-part soit les franchises. Cette supercherie a un inconvénient. Les Suisses sont chaque année un peu moins bien assurés. Les franchises à 2500 francs, par exemple, affaiblissent l’obligation de s’ assurer et diminuent la solidarité entre malades et bien portants.
Les déclarations du ministre de la santé sont spécialement déplacées au moment où on assiste à un surplace persistant dans ce domaine. La méthode du saucissonnage de la LaMal est déjà bien embourbée. La seule impulsion perceptible de Pascal Couchepin a été de faire la part belle aux assureurs. Pour le reste, les coûts continuent d’augmenter, la « consommation médicale » aussi, et les Suisses paient toujours leurs médicaments à des prix absurdes.
Les responsabilités sont évidemment partagées. A voir le comportement du parlement on peut donner raison au conseiller fédéral sur un point. Beaucoup de Suisses ont déjà des primes subventionnées. D’autres, plus fortunés, ne souffrent pas des hausses. En outre les médecins et les boîtes pharmaceutiques savent que le moindre changement se fera forcément, de leur point de vue, vers le pire. Tout ce monde crée une forte pression politique en faveur de l’immobilisme. Quitte à saigner sans scrupule ceux qui échappent à ces catégories.
Reste que si le ministre ne brille pas par sa créativité, il ne s’ illustre pas davantage par son courage. L’an dernier, Pascal Couchepin avait déjà refusé d’annoncer lui-même les hausses. Pour ne pas affronter l’opinion publique dans cet exercice difficile. Hier, il a carrément organisé une conférence de presse sur un autre sujet. De la part de quelqu’un qui traite Blocher d’ « eunuque » pour refuser ses commentaires, cette fuite est incompréhensible. Comme si le ministre n’avait déjà plus rien à dire après un an et demi à son poste.
ADRIEN BRON Rubrique suisse

