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Les franchises vont trouer les poches des assurés


Mercredi 29 septembre 2004

Les primes d’assurance maladie augmenteront de 3, 7 % en 2005. Le canton de Genève a toujours les primes les plus chères de Suisse. La franchise de base reste à 300 francs, mais les options crèvent le plafond.

Après l’ascension vertigineuse des primes d’assurance maladie en 2003 (+ 9,6 %), la hausse de 3, 7 % annoncée hier pour 2005 ferait presque figure de promenade. L’augmentation des franchises à option impose toutefois de mettre un bémol à toute velléité d’enthousiasme, puisque, par ce biais, les assurés paieront davantage de leur poche.

De manière générale, Genève s’ en tire plutôt bien avec 3, 2 % d’augmentation, de même que Vaud (+ 3, 4%). En revanche, Fribourg (+ 4,1%), le Valais (+ 4,9%) et Neuchâtel (+ 4,4%) subissent une hausse supérieure à la moyenne suisse. Les disparités entre les cantons sont importantes, puisque Zurich enregistre une hausse de 2, 3 %, alors qu’ elle est de 5,5% à Saint-Gall.

A Genève, l’évolution relativement favorable des primes n’empêche pas le canton de caracoler en tête du classement national, avec une prime moyenne à 410 fr. 85. Vaud suit de près, avec 353 fr. 10. Alors que la moyenne suisse se situe à 290 fr. 20, les plus chanceux sont les Appenzellois des Rhodes-I ntérieures, puisqu’ ils ne paient que 193 fr. 25.

Les jeunes paient cher

Si l’on examine les primes par tranches d’âge, on s’ aperçoit que les 19-25 ans sont les plus touchés cette fois-ci (+ 5,5% en moyenne). La situation des Genevois et des Vaudois est moins favorable encore, avec des augmentations respectives de 7, 8% et de 7, 4%, et des primes atteignant 344 fr. 65 et 296 fr. « Les coûts de la santé chez les jeunes adultes ont nettement augmenté ces trois dernières années », explique Yves Seydoux, porte-parole de santésuisse, la fédération des assureurs maladie. « Il a fallu répercuter cela sur les primes. »

La bonne nouvelle concerne les enfants jusqu’ à 18 ans. La hausse dans cette catégorie est insignifiante (+ 0, 2 %). Mais là encore, les différences entre cantons sont impressionnantes: là où les parents d’un petit Genevois paient 105 fr. 35 par mois pour sa couverture maladie, ceux d’un Appenzellois ne dépensent que 47 fr. 60, la moyenne suisse se situant à 71 fr. 95.

Les franchises augmentent

Pour expliquer l’augmentation modérée des primes l’an prochain, l’O ffice fédéral de la santé publique met en avant l’amélioration de la situation financière des caisses, qui ont pu reconstituer leurs réserves malmenées les années précédentes. L’effort exigé des assurés via leur participation aux frais, passée de 600 à 700 francs, a joué un rôle notable, de même que la baisse des rabais octroyés aux franchises élevées imposée par le Conseil fédéral.

En outre, la hausse des franchises joue un rôle prépondérant dans le bon état de santé des caisses. En 2004, le montant minimal non remboursé est passé de 230 à 300 francs. S’il reste au même tarif en 2005, les franchises à option, elles, augmentent toutes. Elles passent à 500, 1000, 1500, 2000 et 2500 francs pour les adultes. Les enfants, eux, auront le choix de chaque palier de 100 francs, entre 100 et 600 francs.

Cet ajustement des franchises à option signifie bien sûr que les assurés seront davantage sollicités financièrement. Cette année, 52 % des gens ont choisi la franchise de base à 300 francs ; 48% des assurés ont donc opté pour une franchise à option ; 20 % ont payé de leur poche 400 francs, 10 % 600, 2, 5% 1200 et 16 % 1500 francs.

En admettant que cette grille de répartition — qui varie peu d’une année à l’autre — reste la même en 2005, les caisses vont avoir à débourser beaucoup moins d’argent. Car les assureurs vont proposer à leurs clients qui avaient une franchise à 400 francs de passer à 500, à ceux dont la participation était de 600 de monter à 1000, et ainsi de suite.

Combien épargneront les caisses ? « Ces calculs n’ont pas été effectués par Santésuisse », affirme Yves Seydoux. Quoi qu’ il en soit, la participation aux coûts par assuré n’a cessé de s’ alourdir ces dix dernières années, passant de 178 francs (12 %) en 1994, avant l’introduction de la LAMal, à 352 francs en 2003 (14,5%).

A noter que chaque caisse est libre dès cette année de proposer à ses affiliés les franchises que bon lui semble. Aux assurés de faire ensuite leur shopping. Ils seront informés d’ici au 31 octobre et, le cas échéant, auront jusqu’ au 30 novembre pour changer d’assureur.

PASCALE ZIMMERMANN

Mystère sur une partie de vos primes

Où va l’argent de vos primes d’assurance maladie ? La question se pose avec acuité à la lecture de chiffres publiés hier par le Département genevois de l’action sociale et de la santé. On découvre qu’ à Genève, l’assuré paie en moyenne 1000 francs de plus que les frais qu’ il occasionne. En 2003 par exemple, le coût annuel par assuré se montait en moyenne à 3409 francs, alors que sa prime s’ élevait à 4668 francs. L’infographie ci-dessus indique que ce différentiel est récurrent. A chaque fois, l’assuré paie de 800 à 1000 francs de plus que ce qu’ il coûte. Et les perspectives pour 2005 sont tout aussi sombres.

Nous avons soumis ces chiffres à Santésuisse, l’organe faîtier des assureurs, qui n’a pas caché sa surprise. A l’évidence, une présentation aussi crue de la réalité comptable n’est pas habituelle.

Première explication: les frais administratifs. Ceux-ci représentent 5, 9% des primes encaissées en 2002. « Ces frais s’ élevaient encore à plus de 7 % en 1997 et ils ont été comprimés de manière constante », précise Nicole Bulliard.

Le porte-parole de Santésuisse avance une deuxième raison: les réserves et provisions, que les caisses sont obligées de constituer pour faire face aux coups durs. « Nous avons dû fortement les repourvoir ces dernières années », indique-t-elle. Ces explications sont-elles suffisantes ? On en doute fortement au vu des 1000 francs en cause. Mais Santésuisse n’a pas été en mesure, hier en fin d’après-midi, d’être plus précise.

Même constat d’impuissance à Genève. Directrice adjointe au Service de l’action sociale, Anja Wyden n’a pas « d’explication miracle ». « Ces chiffres montrent au moins que le système aurait à y gagner en transparence. » Le système, mais surtout les assurés.

Christian Bernet