Un peu à la légère

Jeudi 30 septembre 2004
Notre parlement à Berne est extraordinaire. D’abord parce que c’est un parlement de milice – ce qui est un atout, malgré tous les désavantages que cela comporte. Le risque que les députés s’enferment dans une tour d’ivoire est en effet moins grand qu’avec un parlement professionnel. En outre, le principe de légiférer à temps partiel économise l’argent de l’Etat, mais aussi celui de l’économie. Quand chaque conseiller aux Etats et chaque conseiller national est lui-même paysan, syndicaliste, PDG, fonctionnaire, chef d’une ONG ou d’une fédération, inutile d’employer en plus des défenseurs d’intérêts particuliers, comme il faut le faire à Bruxelles, Berlin ou Paris.
Mais chaque médaille a son revers. Celui-ci est de plus en plus visible, notamment pendant la session d’automne qui se tient en ce moment. Je veux parler d’une certaine légèreté dans l’attitude vis-à-vis des grands devoirs. Pendant la session de juin déjà, notre parlement avait tout simplement refusé de prendre des décisions dans le domaine de la drogue. Bien qu’une large majorité des Suisses soit convaincue qu’il y a là de vrais problèmes et la nécessité de trouver des solutions, nos députés à Berne n’ont dit ni oui, ni non aux nouvelles propositions. Ils en avaient tout simplement marre de ce sujet.
Et ils sont prêts à continuer sur ce chemin. En suivant les débats sur notre système de santé, on a senti très peu d’empressement à réformer, mais plutôt de la frustration et de la résignation. Pour les solutions, on a tendance à les reporter aux calendes grecques. Les uns parlent d’un blocage du parlement, les autres, plus sévères, d’un refus de servir ou même d’infantilisme, qui s’explique par le plaisir de bon nombre de députés à jouer la confrontation. On se bagarre, on discute, on reporte, comme s’il n’y avait aucune urgence d’arriver à des résultats.
C’est tout le contraire quand il s’agit de Formule 1. Avec quel engagement, quelle ferveur, quelle maîtrise du dossier ont-ils discuté la semaine dernière! On avait enfin l’impression qu’on touchait là à l’essentiel, au cœur de notre démocratie. L’observateur réalise que notre parlement est – en principe – tout à fait capable de visions… et de décisions courageuses. Quelqu’un devrait simplement leur dire que la Suisse n’a guère plus de chance d’obtenir une course automobile de Formule 1 que le quartier général de l’OTAN ou une base de lancement de fusées interplanétaires. On se rend compte ainsi que ce débat était aussi réaliste que si le parlement avait décidé d’imposer une météo plus ensoleillée.
Espérons que la Formule 1 inspire au moins aux députés le goût de la vitesse. Appuyez sur le champignon… mais, s’il vous plaît, là où il y a de vrais défis.

