La santé c’est quoi, c’est combien ?

Vendredi 22 octobre 2004
Face à l’imminence d’une nouvelle augmentation des primes d’assurance maladie, j’aimerais que nous nous arrêtions un moment, non pas sur ce qui détermine les coûts de la santé, mais bien sur les déterminants de notre santé et les investissements qui leur sont liés. En effet, les connaissances actuelles nous informent précisément sur les déterminants de notre état de santé. Ils sont au nombre de quatre: la biologie humaine (le patrimoine génétique ); l’environnement (géographique, naturel, immobilier, politique, culturel, religieux) dans lequel nous évoluons ; le style de vie que nous adoptons (la consommation, les loisirs, la vie professionnelle et privée ); et le système de soins dont nous bénéficions (lois de santé publique, assurances, hôpitaux, cliniques, établissements et institutions spécialisés, cabinets médicaux et autres acteurs de la santé).
Une étude américaine, relativement ancienne mais encore d’actualité, présente la contribution potentielle à la réduction de la mortalité de chacun des déterminants de la santé. On suppose ici que 100% de réduction de la mortalité représente un maximum qui peut être atteint avec les moyens disponibles au moment de l’étude. Ainsi, la biologie humaine
contribue potentiellement pour 27% à la réduction de la mortalité, l’environnement pour 19%, le style de vie pour 43% et le système de soins pour 11%. En parallèle, les dépenses de santé qui sont effectivement affectées à ces déterminants se répartissent comme suit: 7% des dépenses de santé sont investies dans la biologie humaine, 1,6% dans l’environnement, 1,5% dans le style de vie et 90% dans le système de soins.
Pour le seul canton de Vaud, les dépenses de santé totalisent 4,17 milliards de francs en 2003 (chiffres SCRIS), dont 16% sont directement à la charge du canton. De ce chiffre étourdissant, 1,34% de ces ressources est consacré à la prévention en général, dont les principaux domaines sont: la recherche en médecine préventive ; les contrôles du laboratoire cantonal ; les campagnes de vaccination ; la santé scolaire (médecine, médecine dentaire, éducation et promotion à la santé ); le planning familial ; la prophylaxie et la prévention des maladies ; la promotion de la santé.
En clair, et c’est là le centre de mon propos, il se trouve qu’une très petite partie seulement des ressources attribuées à la santé est effectivement dépensée dans des actions concrètes ayant un impact direct ou indirect, supposé ou probable sur notre style de vie. Je veux parler ici de notre manière de manger, de bouger, de nous déplacer, de consommer, de travailler, de dormir, et de vivre en général. Paradoxalement, et comme il est décrit plus haut, notre style de vie concentre à lui seul 43% de contribution potentielle à la réduction de la mortalité.
La faiblesse des investissements pour la prévention et la promotion de la santé ne s’explique probablement pas par la seule difficulté liée à prouver leur efficacité. Il est probable que, comme c’est le cas pour les mesures liées au développement durable, les résultats soient avant tout liés à des changements dans nos comportements et dans nos modes de vie.
Notre style de vie contribue donc de façon très significative à la réduction de la mortalité, mais également à la qualité de la vie. En effet, de petites modifications de certaines de nos habitudes peuvent se montrer très bénéfiques sur notre santé physique et psychique. Nous sommes tous concernés par notre style de vie. Nous pouvons y réaliser des changements concrets, importants, déterminants pour notre santé.
Ainsi, j’aimerais parier avec vous qu’en investissant aujourd’hui dans un mode de vie plus adéquat, c’est notre santé que nous épargnons, notre bien-être et nos ressources que nous augmentons, nos dépenses que nous diminuons, et les dépenses de santé que nous contenons.
* Les Ligues de la santé (www.liguesdelasante.ch) sont partenaires de l’Etat de Vaud dans la prévention des maladies cardio-vasculaires et dans la promotion de la santé.
JEAN-CHRISTOPHE MASSON Secrétaire général des Ligues de la santé *

