Le stress met le cerveau en ébullition

Lundi 25 octobre 2004
Plus que le stress lui-même, c’est la perception qu’on en a qui est nuisible à la santé.
Prendre la parole en public. Un feu rouge qui tarde à passer au vert. Un problème avec un collègue de bureau. La société moderne multiplie les situations de stress et l’organisme n’en finit pas de réagir. Tous ces événements provoquent un déversement d’hormones de stress et mobilisent une grande quantité d’énergie dans laquelle le corps va puiser pour répondre au défi.
Cortisol et adrénaline
« Le stress est une situation dans laquelle une personne n’est plus dans son équilibre normal et dans son mode de compensation habituel. Il y a un changement hormonal complet car le corps se met en situation de défense et fixe des priorités », explique le Pr Jacques Philippe, médecin-chef du service d’endocrinologie, diabétologie et nutrition des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Et de détailler le processus: « Tout à coup, le corps est en situation d’éveil prioritaire pour sa survie et sécrète deux hormones: le cortisol (stéroïde) et l’adrénaline (catécholamine). Pour cela, il fait appel à deux glandes clés: l’hypophyse et la surrénale. »
Et que se cache-t-il derrière ces deux glandes ? Le cerveau. « C’est lui qui dirige. On est tous très différents dans notre perception et, en fait, c’est cette perception qui est plus nuisible que le stress lui-même », insiste le Pr Philippe. Finalement, tout le monde ne réagit pas de la même façon et la réaction dépend de la façon dont on perçoit une situation ou on pense pouvoir la gérer. Quant aux symptômes du stress — palpitations, transpiration, rougeur, diminution du pouvoir de concentration —, ils sont en grande partie dus aux catécholamines.
Faire un travail sur soi
Lorsqu’une personne vit un stress aigu (décès d’un parent, accident) ou chronique (perturbations psychologiques liées à des problèmes professionnels, familiaux ou financiers), elle risque de donner une réponse adaptative chronique: dépression, anxiété, retrait de la vie, fumée ou encore alcool. D’ailleurs, comme l’a montré une récente étude, le stress est un facteur important pour la survenue de maladies cardiovasculaires.
Comment prévenir tant de dégâts ? Sachant que ce n’est pas forcément une activité qui est stressante, mais plutôt le stress psychologique qu’on attribue à une situation — par exemple, le manque de travail sera vécu comme un stress énorme par un chômeur et, au contraire, une grande quantité de travail, bien supportée par un cadre dynamique —, la meilleure thérapie passe par la gestion elle-même du stress. « Le cerveau commande tout. Il faut faire un travail sur soi. Plus on se contrôle, plus on gère son stress, plus on prévient des maladies. Les gens se mettent à bas pour peu, perdus dans leurs petits problèmes, avec une anxiété extraordinaire », conclut le Pr Philippe.
GIUSEPPE COSTA / HUG
JULIEN GREGORIO / HUG Parmi les situations de stress, la circulation routière.
Infarctus: attention au stress
D’après une vaste enquête épidémiologique, 90% des infarctus du myocarde dans le monde sont liés à neuf facteurs de risque et un cinquième des crises cardiaques seraient dues au stress. Intitulée Interheart et réalisée auprès de 30 000 personnes vivant dans 52 pays — dont la moitié ont été victimes d’un infarctus —, cette étude a été publiée dans la revue scientifique The Lancet le 11 septembre 2004.
Les deux principaux facteurs de risque mis en avant sont le tabagisme — près de trois fois plus de risque de crise cardiaque chez les fumeurs que chez les non-fumeurs — et des niveaux élevés de graisses sanguines (risque multiplié par 3,2). D’autres facteurs de risque importants sont relevés comme le stress (2,6) — le problème est le stress psychologique, à savoir les tensions familiales, les problèmes financiers, le divorce, la perte d’un enfant, etc. —, le diabète (2,3), de l’hypertension artérielle (1,9) et l’obésité abdominale (1,1). Trois autres facteurs sont associés à une réduction du risque: une consommation quotidienne de fruits et légumes, un exercice physique régulier et une consommation modérée d’alcool.
« C’est l’étude la plus étoffée jamais menée sur les facteurs de risques des maladies cardiovasculaires. Elle confirme que les facteurs de risque sont les mêmes d’un bout à l’autre de la planète, indépendamment du pays ou de la race du malade. Elle montre aussi que le rôle joué par le stress dans l’apparition de ces pathologies a été jusqu’ici sous-estimé. La relation entre le stress et un risque accru d’attaque cardiaque est réelle dans toutes les régions du monde et tous les groupes ethniques: il y a deux fois plus de stress modéré à sévère chez les personnes qui ont eu un infarctus », explique le Pr Jacques Philippe.
Coordinateur de l’étude, le Pr Salim Yusuf, de l’Université Mc Master au Canada, suggère un message de prévention simple et identique à travers le monde, tout en tenant compte des facteurs économiques et des différences culturelles: « Un changement d’hygiène de vie, qui inclut un arrêt tabagique, un régime équilibré et un peu d’exercice, pourrait aboutir à une réduction de 80% du risque d’attaques cardiaques. Un enjeu de taille puisque 15 millions de personnes meurent chaque année d’infarctus dans le monde.
G. C.

