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Les médecins mettent un terme à la grève « des crayons »


Samedi 23 octobre 2004

Les internes et les chefs de cliniques n’ont pourtant pas obtenu de reclassement.

Ils l’avaient promis et ils ont tenu parole. Les médecins internes et les chefs de clinique des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) ont décidé jeudi soir de mettre un terme à la grève administrative, dite « des crayons », qui durait depuis le 1er juillet (voir nos éditions du 24 juin 2004).

Initié pour obtenir une réponse de la Commission de recours en matière d’évaluation de la fonction (Cremef) qu’ ils avaient saisie en janvier 2004, le débrayage a donc été interrompu dès l’obtention du rapport tant attendu.

Pourtant, l’insatisfaction reste palpable parmi les membres de l’A ssociation des médecins d’institutions de Genève (AMIG). Ces derniers n’ont en effet pas obtenu gain de cause concernant la réévaluation à la hausse de leurs fonctions.

En décembre 2001, ils en avaient fait une première demande auprès du Service d’évaluation de fonctions (SEF). Jugé insuffisant par les médecins, le reclassement décidé par cet organisme avait fait l’objet d’un recours auprès de la Cremef. Un pourvoi qui n’a servi à rien, puisque la décision initiale a été confirmée il y a deux semaines.

« Le rapport de la Cremef ne répond pas à nos questions concernant notre statut, avance un membre de l’AMIG. Mais cela ne nous surprend pas car cet organisme dépend de l’E tat et particulièrement du Département des finances, en plein marasme. » Comme toutes les personnes membres de l’AMIG, le jeune médecin interrogé tient à garder l’anonymat.

« Deux de nos collègues n’ont pas été engagés suite à des déclarations qu’ ils avaient faites dans la presse et à leur travail syndical. Plus personne ne veut risquer son job », explique-t-il.

Aujourd’hui, c’est donc le statu quo qui a été décidé: les médecins internes, les chefs de clinique et leurs adjoints passent, comme prévu initialement par le SEF, respectivement en classes salariales 20, 24 et 22.

« Nous sommes insatisfaits d’apprendre que l’on considère que nos responsabilités et efforts intellectuels comme équivalents à ceux des infirmiers spécialisés, proteste un membre du comité de l’AMIG. Bien sûr, nous respectons leur travail mais nous nous devons faire des choix lourds qui méritent considération. »

Le médecin s’ indigne, à l’unisson de ses collègues, du « manque de soutien et de considération » de l’administration et de Bernard Gruson, directeur des hôpitaux de Genève.

Pas de rattrapage salarial

L’insatisfaction des membres de l’AMIG se transforme en consternation suite à la décision rendue par le Conseil d’E tat, le 27 septembre dernier, d’appliquer les barèmes prévus par le SEF (et la hausse de salaire qui va avec) à partir du 1er janvier 2005 seulement.

« Nous nous attendions à une proposition de rattrapage salarial pour 2004, souligne un médecin de l’AMIG. Nos membres ont pris connaissance avec stupéfaction de cette décision. Les HUG ont bénéficié depuis 2003 de plusieurs millions destinés à l’augmentation des salaires des médecins. Il est particulièrement injuste que cet argent soit utilisé pour embellir les comptes des HUG. »

Alors, si la grève est terminée, le combat, lui, se poursuit. Le comité de l’AMIG va entamer des négociations afin d’obtenir le règlement des quelque 75 000 heures supplémentaires non payées depuis le 1er octobre 2003 et tenter de négocier l’application d’un nouveau système d’annuités. Fin novembre, une nouvelle assemblée générale est prévue et une grève risque d’être à nouveau décidée si les médecins d’institution ne sont pas entendus.

« Il ne fait pas bon être médecin aujourd’hui, conclut l’un d’eux. L’interdiction d’ouvrir un nouveau cabinet médical (clause du besoin) vient d’être prolongée pour trois ans encore (donc jusqu’ en 2008) par la Confédération. L’E tat de Genève nous sousévalue et les HUG nous demandent de fournir un travail tout en refusant de compenser les dizaines de milliers d’heures supplémentaires …» La réglementation sur les 50 heures de travail, qui doit entrer en vigueur le 1er janvier 2005, ne va pas arranger les choses.

Cette fois, ce sont les patients qui risquent de pâtir d’une diminution des prestations.

LINN LEVY

Réaction de Bernard Gruson

« Je suis content que cette grève de quatre mois s’ arrête enfin. Le manque à gagner qu’ elle a causé s’ élève à 55 millions de francs.

» La fin du débrayage démontre une fois de plus que s’ ils avaient accepté nos propositions il y a deux ans, ils s’ en seraient mieux sortis. Un bon compromis vaut mieux qu’une mauvaise procédure.

» Quant à leurs revendications, je suis plutôt ouvert à une rémunération des heures supplémentaires à partir du 1er janvier 2005. Par contre, le règlement actuel sera appliqué pour le système d’annuité. Je regrette que les membres de l’AMIG estiment manquer de soutien.

» Mon travail est de défendre les HUG, je ne suis pas là pour faire du sentiment. Je sais qu’ ils font un travail de qualité, mais mon rôle est de défendre le point de vue des employeurs.

» L’entrée en vigueur de la loi sur le travail, dès le 1er janvier 2005, va bien sûr avoir des conséquences. Je suis incapable de vous dire si la qualité des soins va ou non diminuer. »

L. L.