« Halte au sabordage ! L’avenir de la santé est en jeu »

Vendredi 29 octobre 2004
Plus de 1300 médecins romands ont signé un manifeste pour tirer la sonnette d’alarme.
Le « Manifeste des médecins suisses » contre le « sabordage » dans la politique de la santé a déjà été signé par plus de 1300 praticiens romands en dix jours. Publié dans le dernier numéro de Médecine et Hygiène, paru hier, ce texte vise à alerter la population du « malaise profond » régnant dans le corps médical. Les signataires se disent inquiets des mesures politiques qui menacent la qualité de la médecine ainsi que l’accès aux soins pour tous. « Nous sommes bien conscients que la maîtrise des coûts n’est pas tâche facile. Mais le système de la santé est une science. Or les politiciens en charge de ce dossier, Pascal Couchepin en tête, n’en tiennent pas compte ! A l’image de certains types de managed-care, ils ont fait le forcing avec des propositions sans le moindre fondement scientifique. En résumé: on avance et on discute après …», regrette Bertrand Kiefer, rédacteur en chef du magazine scientifique et l’un des sept professionnels à avoir initié ce manifeste.
Selon les signataires, « les projets actuels de réforme menacent le cœur de la médecine et l’essentiel de son éthique. La dignité des personnes, leur intimité, le respect de leur différence et leur droit d’accéder à des soins de qualité sont mis à mal ». Les protestataires dénoncent donc une « dérive déshumanisante » et « le mépris autoritaire » du pouvoir politique et économique. Ils appellent de leurs vœux la création d’un « espace de vrai partenariat pour cesser de déconstruire le système », précise Bertrand Kiefer. La récolte de paraphes se poursuit, comme le confirme le patron de Médecine et Hygiène: « Le manifeste sera publié en allemand, la semaine prochaine, dans le bulletin des médecins suisses. » Une initiative qui, semble-t-il, séduit le patron de la Santé genevoise. « Bien, bravo, enfin …» a immédiatement réagi Pierre-F rançois Unger. Il signerait « demain le manifeste s’ il était encore praticien ». Mais il a « choisi la politique pour essayer d’influencer ces choses-là ».
Le conseiller d’Etat estime que « l’avenir de la santé suisse est en jeu »: « A force de dissuader les professionnels, on programme la pénurie. On est à bout touchant !»
LAURENCE BÉZAGUET

