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Les assureurs ne se fient qu’ à leurs propres chiffres


Mercredi 24 novembre 2004

Santésuisse, l’association faîtière des caisses, a présenté son pool de données. Outil statistique ou « Big Brother »?

STATISTIQUES « Dans son invitation, Santésuisse me proposait de vous guider à travers le désert statistique suisse jusqu’ à l’oasis de son pool de données, sourit Paul Camenzind, responsable du domaine « Thèmes » à l’Observatoire suisse de la santé. Mais mon expérience m’amène à parler plutôt de plantation coloniale. » Depuis sa création il y a trois ans, l’Obsan a recensé pas moins de 294 sources de données relatives à la santé. Après évaluation, il n’en a retenu que 61 dans son inventaire. Parmi ces dernières, l’Obsan n’a accès qu’ à 11 d’entre elles, pour lesquelles il bénéficie d’un statut d’expert.

Lacunes

Si les sources de données sont nombreuses en Suisse, la coordination est insuffisante, selon Paul Camenzind. Le secteur des soins stationnaires est bien décrit, grâce à la statistique des hôpitaux et au pool de données de Santésuisse. Le secteur ambulatoire, en revanche, présente de nombreuses lacunes. Des améliorations sont à attendre avec Tarmed, le nouveau tarif médical unifié.

Le pool de données de Santésuisse était au centre des discussions, hier à Berne, lors de l’atelier convoqué par l’association faîtière des assurances-maladie. Cette dernière n’est pas favorable à la mission confiée à l’O ffice fédéral de la statistique dans la révision de la LAMal. Santésuisse estime que l’OFS reçoit un rôle trop important, avec des risques de centralisation et des ambiguïtés dans la mise à disposition des données. Enfin, il craint que l’O ffice ne soit pas en mesure de fournir des statistiques dans un délai utile pour les caisses.

Dans ces conditions, il n’est pas surprenant que le pool de données soit considéré par Santésuisse comme une panacée. Introduite en 2001, cette statistique ne regroupe pas moins de 82 caisses maladie, sur les 93 existantes, soit une couverture de 95% des assurés. L’objectif est de permettre une analyse exhaustive de la situation, une évaluation exacte de l’évolution des coûts et un examen de l’économicité des fournisseurs de prestations.

Les données saisies dans le pool par les caisses informent sur le montant des factures, sur les fournisseurs de prestations, la participation aux coûts, le prix des médicaments ou le domicile des assurés. Ne sont pas prises en compte, en revanche, les factures payées par les assurés (pour cause de franchise, par exemple), ou qui ne sont pas prises en charge par l’assurance de base.

Pas de « Big Brother »

Santésuisse se défend de nourrir un « Big Brother » en son sein. Le pool enregistre des factures mais pas des actes médicaux: il ne permet pas, par exemple, de déduire le nombre d’opérations de la hanche en Suisse ou leur coût. Il ne descend pas jusqu’ au niveau individuel et ne permet pas de savoir à quelle fréquence et chez quel médecin un assuré consulte. Cette banque de données est complétée depuis 2004 par le pool tarifaire qui portera sur les positions tarifaires Tarmed, l’objectif étant de contrôler encore mieux l’économicité des prestataires de soin, dans une optique de maîtrise des coûts.

Berne / Laurent Aubert