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Cellules souches embryonnaires: une loi bâclée


Jeudi 25 novembre 2004

La lettre du jour

Neuchâtel, 15 novembre. — Le but de la recherche fondamentale est de comprendre des mécanismes. La recherche actuelle sur les cellules souches embryonnaires en est encore à ce point. Des travaux récents ont montré, sur des cellules animales, que le chemin était encore long jusqu’ à ce qu’ on puisse appliquer ces recherches à la médecine.

Des chercheurs et des entreprises aimeraient pourtant déjà enjamber ce qui sépare la recherche fondamentale de la recherche appliquée et si possible, commercialiser rapidement leurs découvertes. C’est dans ce but que le parlement n’a pas clairement interdit dans la présente loi le brevetage des lignées de cellules souches humaines et des tissus qui en seraient dérivés.

La recherche sur les cellules souches adultes, elle, est beaucoup plus avancée que celle sur les cellules souches embryonnaires. De plus, elle est éthiquement acceptable. Par exemple, les thérapies potentielles issues de l’utilisation de cellules adultes se passeraient du clonage thérapeutique pour être efficace et contourneraient ainsi le problème des rejets. De plus, l’avantage des cellules souches embryonnaires sur les cellules souches adultes n’a pas été démontré.

L’argument souvent avancé, à savoir que les cellules adultes ont un potentiel de différenciation plus restreint, a récemment été contredit par des chercheurs qui ont réussi à faire « régresser » des cellules adultes à un stade ou elles ont les mêmes capacités potentielles que les cellules embryonnaires.

Si certains laboratoires veulent travailler sur des cellules embryonnaires, c’est parce que les embryons surnuméraires sont un matériel abondant et, soyons francs, peu onéreux. Si nous refusons cette loi, la recherche ne sera pas interdite. Mais nous pouvons montrer au gouvernement que la loi a été bâclée, qu’ elle a été mise en place précipitamment, sous la pression des chercheurs et des entreprises pharmaceutiques, et qu’un débat de fond devrait avoir lieu sur ce sujet.

Fabien Fivaz, biologiste.