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Après Merck, Pfizer dégringole en Bourse


Samedi 18 décembre 2004

MEDICAMENTS. Celebrex, un antidouleur de Pfizer, entraînerait un risque cardio- vasculaire, révèle une étude publiée vendredi. Nouveau coup dur pour la pharma, déjà secouée par le retrait de Vioxx du marché.

La confiance est rompue. Deux déclarations contradictoires de Pfizer, à 77 jours d’intervalle, ont fait chuter le titre de 24% durant quelques heures hier à Wall Street. En cause, l’hémorragie autour des COX-2. Cette nouvelle classe de médicaments anti-inflammatoires, rendue célèbre par le retrait de Vioxx, fait appel à un mécanisme de blocage d’une enzyme à l’origine de la douleur.

Le 30 septembre, Joe Feczko, responsable du développement de la première entreprise pharmaceutique mondiale, rassurait la communauté financière et scientifique: «Pfizer est confiant dans le profil de sécurité cardio-vasculaire à long terme de Celebrex.» Cette déclaration, le jour du retrait de l’antidouleur concurrent Vioxx produit par la firme Merck & Co, a fait son effet dans un premier temps. Les patients atteints de fortes douleurs provoquées par l’arthrite rhumatoïde ou la polyarthrite ont demandé Celebrex à leur médecin. Les ventes se sont envolées puisque le médicament était censé n’avoir aucun effet secondaire cardio-vasculaire. Il a raflé 63,5% du marché américain des COX-2.

La mauvaise nouvelle pour Pfizer est parvenue à l’entreprise new-yorkaise dans la nuit de jeudi à vendredi. L’une des nombreuses études cliniques en cours sur la sécurité du médicament a conclut à un risque cardio-vasculaire 2,5 fois supérieur comparé à un placebo. L’examen de 3600 patients durant cinq ans révèle la présence de ce risque d’accident cardiaque lors de la prise de Celebrex à forte dose, dès 400 mg par jour. Ce dosage, supérieur à l’utilisation requise en cas de douleur, est prescrit pour lutter contre la polypose adénomateuse familiale, maladie génétique qui dégénère en cancer de l’intestin. 92% des patients sous Celebrex absorbent une dose de moins de 200 mg par jour. Une plainte en nom collectif a aussitôt été déposée aux Etats-Unis.

Une réaction immédiate

Dans le climat tendu autour des COX-2, marqué par le récent retrait du dossier d’homologation de Prexige, déposé par la multinationale suisse Novartis auprès des autorités sanitaires européennes, Hank McKinnell n’a pas hésité. «Pfizer prend immédiatement les mesures pour comprendre ces résultats et communiquer rapidement de nouvelles informations aux instances de contrôle sanitaire, aux médecins, et aux patients», explique le PDG du numéro un pharmaceutique.

Pfizer réalise un chiffre d’affaires annuel de 45,19 milliards de dollars, dont 4,1% grâce à Celebrex. A fin septembre 2004, les ventes de ce médicament avaient dépassé celles du Viagra, autre «blockbuster» parmi la douzaine du groupe américain. La banque d’investissement Friedman, Billings, Ramsey & Co parie sur le maintien de Celebrex dans les pharmacies, après une opération de correction de la notice d’emballage.

Commentaire. Des études indépendantes

Rien ne va plus dans le monde pharmaceutique. Les dés sont pipés. Un anticancéreux européen, sur le marché depuis plus d’un an, se révèle inefficace. Etrange. Comme tous les autres médicaments, il a passé d’innombrables tests cliniques, parcouru les labyrinthes d’homologation de la FDA, EMEA et autre Swissmedic. Aux Etats-Unis, la première entreprise pharmaceutique du monde fait de la publicité, qui se révèle aujourd’hui mensongère, sur la sécurité cardio-vasculaire d’un antidouleur. Elle a gonflé ses ventes en tirant profit du retrait d’un produit concurrent. Il est grand temps, au moment où l’instance américaine de contrôle des médicaments est sous les feux de la critique, de réfléchir à une réforme fondamentale du système. Les études cliniques devraient être supervisées par des organisations scientifiques publiques indépendantes. Trop de complaisances, d’études défavorables cachées sous le tapis, de discrètes pressions ont marqué l’actualité pharmaceutique récente. La course au «blockbuster» doit être freinée pour laisser la place à la recherche sereine. Les investisseurs, et les patients, s’en porteront mieux.

AstraZeneca vend un médicament inefficace

L’Iressa, médicament contre le cancer du poumon, est vendu dans 32 pays. Son fabricant, AstraZeneca, annonce qu’il est inopérant.

Sir Tom McKillop ne séjourne quasiment jamais en Suisse. L’Ecossais, patron d’AstraZeneca, quatrième entreprise pharmaceutique européenne, était pourtant sur les bords du lac de Zoug le 22 octobre. «J’accepte avec grand honneur le prix Galien Suisse récompensant les travaux de recherche sur l’Iressa», déclarait-il sous les applaudissements de plusieurs médecins et du rédacteur en chef de Medical Tribune (LT du 28.10.04).

L’Iressa est considéré – ou plutôt était considéré – comme une avancée majeure dans la lutte contre le cancer du poumon, maladie à faible taux de survie. Vendredi à Londres, Tom McKillop a annoncé qu’une étude clinique menée sur 1692 patients conclut que l’Iressa «n’est pas parvenu à prolonger la vie de façon significative comparé à un placebo». Le PDG n’exclut pas un abandon total du médicament, vendu dans 32 pays. La molécule, sans qu’on l’explique scientifiquement, fonctionne pourtant très bien sûr les patients asiatiques. Un milliard de dollars ont été investis dans l’Iressa, censé agir au cœur même des cellules en bloquant les signaux qui stimulent la croissance des tumeurs. Tom McKillop a pris une seule décision pour l’instant: nommer un nouveau directeur du développement pharmaceutique. Il n’a pas précisé s’il retournerait sa médaille aux donateurs du prix Galien.

Willy Boder