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Dossier médical informatisé: Genève peine


Samedi 18 décembre 2004

Qui n’a pas été surpris, voire agacé, une fois au moins au cours de son existence, de devoir subir deux examens médicaux identiques successifs, l’un chez le médecin de premier recours, le second à l’hôpital ?

Patients, rassurez-vous ! Avec le dossier médical informatisé, la multiplication des examens inutiles devrait être évitée. Un moyen aussi de freiner le tourisme médical, de faire des économies et de garantir une meilleure sécurité en terme de choix thérapeutiques par un accès rapide aux données: un simple clic et l’on pourrait en effet en finir avec des prescriptions médicamenteuses hasardeuses.

L’idée est simple et ancienne à la fois: il s’agit de rassembler en un dossier unique les différents épisodes médicaux des patients et les informations qui leur sont liées ; puis de rendre ce dossier accessible aux prestataires de soins qui en ont besoin de même qu’ aux patients eux-mêmes.

Or, la réalisation semble, elle, infiniment plus complexe. Patients, prenez donc votre mal en patience … Acquis à ce projet « révolutionnaire », Pierre-François Unger comptait bien concrétiser le réseau communautaire d’informatique médicale e-toile (mené depuis plusieurs années par la fondation IRIS-Genève) en 2004 … Mais, « les problèmes financiers de l’Etat », n’ont pas permis au patron de la Santé genevoise de tenir ses promesses: « Le budget d’investissement du projet dépasse les trente millions de francs, auxquels s’ajoutent douze millions de budget de fonctionnement par an. »

Le conseiller d’Etat ne baisse toutefois pas les bras. Il est même aujourd’hui convaincu que ce retard a eu des effets bénéfiques: « Plutôt que de nous précipiter devant le Grand Conseil, avec le risque de se faire réexpédier notre bébé, nous avons opté pour un projet plus ambitieux. Pour des questions de coûts mais aussi d’efficacité et de cohérence, le dossier médical informatisé doit dépasser les frontières cantonales. » Et l’affaire serait en bonne voie … Tellement même que le Tessin vient de griller la politesse à Genève, en lançant sa propre carte informatisée. « Contrairement à notre projet, cette opération pilote, touchant 1000 personnes de la région de Lugano, ne comprend que quelques données d’urgence. Mais d’entente avec les Tessinois, nous comptons bien finaliser ensemble un vrai dossier médical informatisé à l’échelon suisse », raconte Pierre-François Unger. Après avoir fait du forcing auprès du conseiller fédéral Pascal Couchepin, Genève aurait finalement reçu la bénédiction de la Confédération. Le Conseil des Etats a par ailleurs voté, le 15 décembre, une motion visant à introduire une carte santé. L’idée est si séduisante qu’ elle pourrait atteindre une envergure internationale. Le ministre français de la Santé Philippe Douste-Blazy a ainsi placé le dossier médical informatisé parmi les mesures destinées à réduire le déficit de l’assurance maladie. L’Allemagne n’est pas en reste avec son programme visant à doter tous ses assurés d’une carte de santé électronique dès 2006. « L’investissement consenti se monte à 1,3 milliard d’Euros », précise Pierre-François Unger …

Raison pour laquelle Genève tarde à mettre le turbo ? Or les études en cours ont elles aussi un coût ! Maigre consolation, le temps qui passe permet de contourner tout en douceur un aspect qui effraie bien des patients: serontils préservés de toute indiscrétion malveillante ? « Chaque acteur gardera sa part de dossier. C’est le patient qui, avec sa carte, autorisera la reconstitution momentanée de l’ensemble du dossier. Pas de Big Brother médical en vue », assure Pierre-François Unger.

LAURENCE BEZAGUET