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Listes d’attente pour se faire opérer


Samedi 18 décembre 2004

SANTÉ Des chirurgiens dénoncent les effets pervers du nouveau tarif médical Tarmed

MALAISE De plus en plus de patients sont refoulés vers les hôpitaux publics. Explications

Six mois d’attente pour une simple opération ? Jusqu’ici, la Suisse avait échappé au cauchemar des listes d’attente dans les hôpitaux. Selon de nombreux médecins, l’âge d’or serait révolu. « Notre pays bénéficiait d’un degré de prise en charge extrêmement élevé, explique le Dr Amédée Genton, chirurgien à Lausanne. Désormais, on est en train de rejoindre ces pays dans lesquels la médecine est étroitement dirigée. » Le malaise des médecins suisses vient de s’exprimer dans un manifeste signé par 3000 d’entre eux, sur un total de 16 000 praticiens: les signataires dénoncent le sabordage de la politique de santé et de la qualité des soins …

Les chirurgiens, en particulier, montrent du doigt le Tarmed, la nouvelle tarification médicale entrée en vigueur il y a un an. Selon eux, le Tarmed provoque une augmentation des délais d’attente pour les patients. Avec ces nouveaux tarifs, les cliniques privées et les médecins indépendants ont pratiquement renoncé à pratiquer la chirurgie en ambulatoire (c’est-à-dire les petites interventions sans hospitalisation prolongée). Résultat: des centaines de patients qui auraient pu se faire opérer rapidement sont détournés vers les hôpitaux publics et viennent encombrer les listes d’attente !

200 patients en souffrance

« Avec le Tarmed, pratiquer en ambulatoire une opération des varices, par exemple, nous fait tout simplement perdre de l’argent !» indique le Dr Bernard Burri, président de l’Association suisse des médecins indépendants ou agréés. Selon le président des chirurgiens genevois, le Dr Jacques-Alain Witzig, il y aurait aujourd’hui … 200 patients en attente de se faire opérer une hernie à l’hôpital. « S’il n’y avait pas les patients avec une assurance privée, je ne gagnerais pas ma vie, estime le Dr Witzig. Je ne veux pas de cette médecine de riches, où ceux qui n’ont pas d’assurance complémentaire doivent attendre une place à l’hôpital. »

« Les conséquences ne se limitent pas au confort du patient, estime Bernard Burri. Prenons le cas d’un travailleur qui souffre d’une hernie. S’il doit attendre six mois pour se faire opérer, cela entraîne des souffrances supplémentaires pour lui … et des coûts importants pour la collectivité. Le Tarmed entraîne des conséquences très lourdes. »

Assureurs optimistes

Les caisses maladie ne partagent pas ce pessimisme. « Tarmed fonctionne plutôt bien, estime Peter Marbet, porteparole de Santésuisse, organisation faîtière des assureurs. C’est vrai qu’il y a des problèmes avec les hôpitaux, mais le Tarmed peut évoluer et s’améliorer. Quant aux délais d’attente dans les hôpitaux, nous n’avons pas constaté de problèmes particuliers à l’échelle suisse. »

La Fédération des médecins suisses (FMH) tempère, elle aussi, l’alarmisme des chirurgiens. « Leurs problèmes sont réels, admet Jacques de Haller, son président. Mais nous avons trouvé une solution dans le cas de l’assurance accident, et nous espérons faire de même dans celui des assurances maladie. Les négociations sont en bonne voie. » Jacques de Haller estime que les chirurgiens ont parfois mal réagi: « Certains proposaient à leurs patients de les opérer quand même en ambulatoire … à condition qu’ils leur donnent 1000 francs de plus ! C’est inacceptable, et d’ailleurs illégal. »

Au-delà de Tarmed, le président de la FMH partage les inquiétudes des médecins suisses. « Plus qu’une baisse de qualité des soins, c’est la pénurie de médecins qui m’inquiète. Elle se dessine déjà dans les régions périphériques. Longtemps, les médecins ont surtout dit non à beaucoup de choses. Désormais, ils doivent faire des propositions concrètes pour définir la médecine de demain. »

Frédéric Julliard
Steeve Luncker
Stéphane Gerber

CONSÉQUENCES Le Dr Bernard Burri considère que les délais d’attente pour les opérations entraînent plus de souffrances pour les patients et plus de frais pour la collectivité.