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Le CHUV est à nouveau menacé de saturation


Lundi 24 janvier 2005

SANTÉ L’hôpital lausannois déborde de patients et songe à rouvrir des lits. Mais il faut que le Conseil d’Etat lui octroie des moyens supplémentaires, alors qu’ il vient de demander des économies pour 2005 aux Hospices-CHUV.

LES FAITS L’augmentation de l’activité hospitalière du CHUV est repartie à la hausse depuis deux ans, après des années de relative stabilité. La direction veut éviter que la crise de la fin des années 90 se répète. Le personnel, épuisé, avait alors réclamé près de 200 postes supplémentaires. La réouverture de 30 à 50 lits en médecine est souhaitée. Premier défi pour le nouveau patron de la Santé vaudoise, Pierre-Y ves Maillard.

C’est la Commission des finances du Grand Conseil qui résume le constat dans son dernier rapport sur les Hospices-CHUV. En 2003, pour l’ensemble des Hospices (CHUV, Psychiatrie, Hôpital de l’enfance notamment, mais sans les hôpitaux de zone), le nombre de patients hospitalisés en soins somatiques a augmenté de 1, 8% (600 patients de plus) par rapport à 2002. Le nombre de journées d’hospitalisation augmente, de même que la lourdeur des cas, ainsi que les journées d’attente pour un placement ou pour une intervention chirurgicale.

Dans une lettre adressée en novembre dernier à l’ensemble du personnel des Hospices (7000 collaborateurs), la direction confirme ces chiffres. En tenant compte de la psychiatrie, dont la hausse spécifique du nombre de patients hospitalisés est encore plus importante (6 %), l’augmentation globale est de 3, 6 %, soit près de 1000 cas supplémentaires.

Changement de tendance

Pour le CHUV, ces chiffres 2003 marquent un net changement de tendance après plusieurs années où l’activité hospitalière est restée presque stable. Cette hausse brutale de l’activité s’ est poursuivie en 2004, puisque les premières données disponibles montrent une nouvelle augmentation comprise entre 2. 5% et 3 %. Si les raisons de ce pic d’activité ne sont pas encore analysées, il semble cependant que la maternité ait été particulièrement sollicitée l’an dernier.

Les conséquences de cet accroissement d’activité depuis deux ans sont multiples. Dans un hôpital comme le CHUV où les lits sont occupés à plus de 90 % en permanence, la tension est quasi-permanente pour trouver des places libres. « Chaque jour, nous devons trouver des places d’hospitalisation pour des personnes qui ont été admises aux urgences, relève Luc Schenker, directeur des finances des Hospices-CHUV ». Et même si le CHUV peut faire preuve de souplesse en logeant des patients dans des services autres que ceux qui traitent de la pathologie pour lesquels ils sont hospitalisés, le système marque ses limites. En outre, les délais d’attente pour être opéré augmentent, de même que la pression sur les patients pour qu’ ils quittent l’hôpital. La durée moyenne de séjour pour les soins somatiques (9, 8 jours) reste globalement stable, mais compte tenu de la complexité des cas qui augmente, cela signifie que les pressions des assurances et la surcharge chronique de l’hôpital concourent à faire sortir le plus vite possible les patients.

Moyens supplémentaires

Les solutions pour sortir de cette impasse ? D’une part, la direction du CHUV planche sur un scénario de réouverture de lits, entre 30 et 50 en médecine, donc des moyens supplémentaires et l’engagement de personnel. En outre, le CHUV compte sur la mise à disposition de nouvelles places en établissements médico-sociaux. Une vingtaine de lits sont constamment occupés au CHUV par des patients en attente de placement. Le manque de places en EMS se répercute logiquement dans toute la chaîne de soins.

Surtout, la direction craint la répétition du scénario de la fin des années 90, où un rattrapage brutal en nombre de postes et en moyens avait été nécessaire, après que les économies de type Orchidée eurent été imposées de manière excessive à l’hôpital. Le personnel s’ était mobilisé et avait réclamé la bagatelle de 200 postes supplémentaires aux Hospices. Le Conseil d’E tat en avait dans un premier temps accordé 73 avant de procéder à d’autres rééquilibrages. « On ne peut courir un marathon comme un 100 mètres, note Luc Schenker. Lorsque le personnel est trop mis sous pression, il vote avec ses pieds, il démissionne. ».

Plus de moyens pour le CHUV: la balle est dans le camp du Conseil d’E tat. Or celui-ci a justement décidé pour le budget 2005 de diminuer de 20 millions les moyens accordés aux Hospices, dont le budget global est de l’ordre du milliard.

Il est fréquent que les services se « prêtent » les lits disponibles pour absorber le trop-plein de malades. Philippe Maeder

« Une raison de combattre les référendums fiscaux »

RÉACTION Pierre-Yves Maillard va analyser ces données. Un motif, pour lui, d’accepter les hausses d’impôt ciblées proposées par l’Etat.

Nouveau patron du Département de la santé et de l’action sociale, Pierre-Yves Maillard examinera le bien-fondé des demandes de la direction des Hospices. Le magistrat est en phase d’apprentissage et collecte pour l’instant les renseignements sur l’état du système de santé vaudois. Mais son instinct lui dit que la direction des Hospices a de bonnes raisons de tirer la sonnette d’alarme. « Le système montre d’évidents signes de saturation », note le chef du DSAS. Pierre-Y ves Maillard est en particulier sensible à la situation du personnel, trop chargé, trop stressé, près de craquer. Pour lui, le fait que l’on peine à former suffisamment de personnel soignant chez nous est un signe qui doit interpeller les milieux politiques. « 15% de tournus en moyenne, c’est trop. En outre, vu le chômage des jeunes, il faudrait solliciter plus de vocation dans les professions de la santé. » Encore faut-il que la profession de soignant soit attractive.

De cette situation de surcharge qu’ il est en train de découvrir, le nouveau conseiller d’E tat tire d’abord une conclusion politique. « C’est une preuve supplémentaire que l’Etat a besoin de moyens supplémentaires. A ce titre, je vais m’engager à fond contre le centre patronal et les référendums qui s’ opposent aux décrets fiscaux du Conseil d’E tat. Les besoins du service public sont attestés. Les économies ont des limites. » Le chef du DSAS note que si tous les référendums sont acceptés, y compris celui combattant la loi sur les EMS, ce sera 90 millions de déficit en plus pour l’Etat. « On ne peut plus continuer comme cela. »

La psychiatrie débordée

NOUVELLE TENDANCE La société fait de plus en plus appel aux psychiatres.

C’est une tendance très lourde mise en évidence par le Service de recherche et d’information statistiques (SCRIS). Le nombre de séjours dans les hôpitaux psychiatriques a explosé ces dernières années: 4200 séjours en 1998, 5500 en 2003. Il y a plus de patients, qui font plus de séjours. C’est la conséquence d’une modification importante de la pratique en psychiatrie, où les très longs séjours en hôpital appartiennent au passé. Les thérapies mettent l’accent sur des durées d’hospitalisation nettement raccourcies (la durée moyenne de séjour a passé durant ce même laps de temps de 36 à 24 jours), quitte à ce que le patient retourne plus souvent à l’hôpital.

Le nombre de séjours en hôpital psychiatrique, qui augmente, se double d’une hausse importante de l’activité ambulatoire, de l’ordre de 5% par année. Tout psychiatre qui s’ installe en privé voit son agenda se remplir très rapidement. Dans le secteur public, malgré le fait que des postes supplémentaires ont été débloqués pour les policliniques, la saturation est une réalité, en particulier dans le Nord vaudois. Difficulté supplémentaire pour les Hospices, le manque de médecins, car les psychiatres assistants se font rares. Comme pour la médecine somatique, la direction des Hospices craint que l’augmentation de la demande de soins en psychiatrie n’aboutisse à une situation de crise due à l’engorgement. La réouverture de lits sera peut-être nécessaire, car la durée de séjour ne peut être compressée indéfiniment. Quelles causes à cet accroissement ? La réponse n’est pas évidente. Tout au plus les spécialistes des statistiques constatentils une corrélation entre la hausse de la demande de soins en psychiatrie et la hausse du chômage. Dans le canton, le SCRIS relève en outre que la cause d’hospitalisation la plus forte pour les hommes est l’alcoolisme alors que la dépression est le motif le plus fréquent pour les femmes.

MICHEL PONT

Saint-Loup: quelles économies ?

DOUTES Le chef du DSAS s’exprime sur le transfert des activités à Yverdon.

Lorsqu’ il a présenté son projet de transfert d’une partie des activités de Saint-L oup à Yverdon, le Conseil d’Etat a chiffré l’économie annuelle à 3, 8 millions. Pierre-Yves Maillard ne remet pas en cause cette décision, alors que Charles-Louis Rochat dirigeait le DSAS, mais doute de l’ampleur d’une telle économie. « En chiffres bruts, l’économie réelle est de 2, 8 millions, soit un de moins, somme à laquelle il faut retrancher la part des assurances et les intérêts de la dette des investissements pour Yverdon. » Au total, il ne resterait qu’un gros million d’économie pour l’E tat. En outre, cette somme ne tient pas compte de tous les reports d’activité non calculés que le réseau de soins vaudois devra bien absorber. Sans aller jusqu’ à dire qu’ il s’ agit d’une opération blanche, Pierre-Y ves Maillard a demandé à ses services de mesurer tous les impacts de ce transfert. Quant à la date du changement (juillet de cette année), elle lui paraît peu réaliste, alors que le Grand Conseil ne s’ est pas encore prononcé et qu’ il faut encore construire de nouveaux locaux hospitaliers à Yverdon. Il communiquera prochainement une date possible de réalisation.