Le nouvel âge d’or des plus de 50 ans

Mercredi 26 janvier 2005
En Suisse, le vieillissement démographique s’accompagne d’un changement des conditions de vie des plus de 50 ans. Il fait apparaître une population âgée plus autonome et en meilleure santé. Hommes et femmes vivent plus longtemps et la vie en institution reste minoritaire même dans le grand âge.
Est-on vieux à 65 ans? Si la réponse est positive pour certains, la population âgée s’en consolera facilement: elle vit plus longtemps, avec une meilleure santé et une autonomie accrue. «La vie après 50 ans en Suisse», une étude rendue publique mardi à Berne par une équipe de chercheurs des Universités de Genève et Lausanne mandatés par l’Office fédéral de la statistique (OFS), décrit les nouvelles caractéristiques des personnes en seconde moitié de vie. L’analyse des données démographiques du recensement de la population de 2000 impose une nouvelle définition de la vieillesse. Elle démontre que ce moment de l’existence est devenu une période privilégiée.
Hommes et femmes vivent plus longtemps et surtout plus longtemps en bonne santé. Entre 1992 et 2002, la durée de vie moyenne en bonne santé après l’âge de 65 ans est passée de 10,4 à 12,3 ans pour les hommes et de 11,4 à 13,3 ans pour les femmes. Par ailleurs, le nombre des personnes très âgées a explosé: 47 900 nonagénaires en 2000 contre 8800 en 1950.
Hommes et femmes sont moins nombreux à vivre en institution depuis 1990, après une forte hausse entre 1970 et 1990. Une baisse qui s’explique par l’amélioration de la santé des seniors: le nombre d’années vécues dans l’incapacité d’effectuer les gestes quotidiens sans aide externe diminue. En outre, l’amélioration de l’aide et des soins à domicile diminue la proportion de personnes âgées en EMS (lire ci-contre). La population des cinquantenaires et plus est en pleine mutation. Elle regroupe des personnes aux conditions de santé, au niveau de formation et aux possibilités financières supérieures à celles des générations précédentes.
Pourquoi l’étude s’intéresse-t-elle à la population âgée de 50 ans et plus? «C’est un âge arbitraire, répond Claudine Sauvain-Dugerdil, la directrice du Laboratoire de démographie et d’études familiales de l’Université de Genève et l’une des auteurs de l’étude. Mais il correspond à la période charnière où un couple voit ses enfants devenir indépendants. C’est aussi le moment qui précède la vie de jeune retraité. La vieillesse proprement dite intervient quant à elle autour de 80 ans, l’âge qui marque la perte d’autonomie et le passage à la dépendance. On ne peut plus considérer qu’on est vieux à 65 ans.»
L’accroissement de la longévité consécutif à l’amélioration des conditions de santé a par exemple entraîné l’augmentation du nombre de centenaires. On en dénombrait 800 en 2000. Il se traduit aussi par l’augmentation de l’espérance de vie à la naissance: 83 ans pour les femmes et 77 ans pour les hommes. «Seul le développement de l’obésité et ses conséquences pourrait modifier cette tendance, affirme Edith Guilley, du Centre de gérontologie de l’Université de Genève.»
L’étude s’accompagne d’un atlas virtuel de la vie après 50 ans en Suisse, visible sur le site de l’OFS. Les cartes montrent les disparités entre les régions, cantons et communes. Les régions rurales du Tessin et l’arc jurassien regroupent la proportion la plus élevée d’anciens. Les centres urbains voient leur population vieillir, tandis que les régions suburbaines disposent de populations jeunes.
Dans un contexte de vieillissement démographique, la Suisse demeure dans une position plus avantageuse que celle de ses voisins allemand et autrichien notamment. Elle bénéficie toujours d’un apport migratoire intéressant, qui lui amène des jeunes.
La population âgée verra en outre ses rangs augmenter avec l’arrivée à la retraite des étrangers qui retournent de moins en moins vivre cette période de leur vie dans leur pays d’origine. Les personnes âgées vivent de plus en plus longtemps en couple car le divorce n’atteint pas le grand âge. Mais le fait de vieillir en solo est un phénomène qui s’est généralisé et qui concerne la Suisse tout entière, en particulier après 80 ans, une tranche d’âge dans laquelle dominent les veuves.
En 2030, la Suisse comptera 2 millions de personnes de plus de 65 ans, soit un quart de sa population. Il s’agit d’un bouleversement social – selon le géographe genevois Charles Hussy – qui posera de sérieuses questions en matière de coûts de santé. «Mais le vieillissement de la population n’induit pas une augmentation de ces dépenses, souligne Philippe Wanner, le directeur du Forum suisse pour l’étude des migrations et de la population. A chaque âge les personnes âgées se déclarent en meilleure santé qu’il y a quelques années, ce qui se traduit par un recul du recours à la médecine.» Reste à savoir dans quelle mesure l’âge d’or de la population âgée va durer. Le risque de solitude des seniors est réel. Pour les auteurs de l’étude, il convient de renforcer les systèmes d’aide à domicile tout autant que les réseaux de proximité.

